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À la recherche de la route numéro 11, des années 30.

Souvenir de jeunesse par André Tison


Voyons, si je peux me ­ souvenir de la route no. 11 que nous empruntions durant les années 3O.


Je dis bien empruntions car nous traversions tous les vil­lages, grands et petits en dérangeant la tranquillité sereine de leurs habitants.


Je peux vous assurer que les gens ne s'en offusquaient pas, car une chose certaine que j'ai retenue, c'est la courtoisie, la gentillesse et surtout le sourire accueillant des villageois. Ils semblaient toujours nous regarder passer avec un hochement de tête qui semblait dire: bienvenue dans notre patelin.


Tout le long du parcours de la route no 11, les gens, les fermiers en particulier se découvraient pour nous saluer ou courbaient les épaules en signe de bienvenue.


C'était à une époque où le visiteur était bien accueilli et ne dérangeait pas. Il exis­tait alors une tradition qui ne saurait exister aujourd'hui avec le nombre incroyable de visiteurs et de voitures­ filant à 100 km.


Je me souviens du charme particulier de chacune des saisons de cette époque. Le printemps, lorsque nous traversions le village de Sainte-­ Rose, les lilas et les pommiers en fleurs indiquaient que nous quittions la grande ville pour une meilleure qualité de vie. L' été, c'était le fermier avec sa charrette de fumier (parfum de campagne), qui allait engraisser écologi­quement son potager familial. Plus tard dans la saison, il y avait les vendeurs de fraises, de framboises, de bleuets et de maïs.

Nous partions toujours de Montréal en ayant dans l'auto passablement d'espace pour nos petites jambes. À mesure que nous avancions sur la route 11, les cageots de fraises et autres fruits saisonniers prenaient de plus en plus de place et nous faisions les derniers milles, les genoux sous le menton.


On n'en tenait pas rigueur, car nous savions que, le lendemain, nous savourerions du du bon pain d'habitant avec de la confiture de fraises et de la vraie crème de ferme si épaisse que la cuillère restait plantée dedans.


Les visiteurs actuels qui, empruntant l'autoroute, filent à toute vitesse vers Sainte-­ Agathe prennent peut-être pour acquis que ce trajet n'a jamais exigé plus d'une heure de déplacement. Il fut un temps où on devait investir environ quinze heures pour effectuer le voyage de Montréal à Sainte- Agathe.


Ma grand-mère Albertine Brunet Tison, dont les parents s' établirent au lac Brunet, à Sainte-Lucie des Laurentides, en 1881, me racontait que sa famille partait de Montréal en pleine obscurité pour arriver au petit jour. Ils devaient changer de chevaux au relais de Saint-Jérôme. Des postes de relais étaient situés à Pont­ Viau Saint-Elzéar, Sainte-Rose, Sainte-Thérèse Saint-Janvier et Saint-Jérôme. Ceux-ci affichaient Bonne cour et bonne écurie.



La carriole était tirée par un trotteur ou un ambleur. Grand-mère m'a dit que son père lui rendait visite tous les quinze jours.


C'était durant la période de la crise de l’acier; la vie n’était pas facile à Montréal. Mgr Labelle encourageait les gens à venir s' établir loin des grands centres.


Comme la côte du Sauvage chevauchant Sainte-Adèle et Val-Morin était très accentuée et très longue (distance d’environ deux milles), les voyageurs devaient faire le détour par Sainte-Marguerite pour arriver à Sainte-Lucie qui se situe au milieu du triangle Sainte-Marguerite/Saint-Donat/ Sainte-Agathe.


Plus tard, avec l'arrivée de la voiture mécanique ou les machines , comme on les appelait à cette époque, le trajet fut réduit à cinq puis à deux heures.


J'ai commencé à voyager dans les Laurentides deux mois avant ma naissance alors que ma mère, Lorette Lacasse Tison, était enceinte de moi. Depuis 1922, ma mère habite toujours la même demeure située sur les bords du lac Sarrazin.


Mon père, Lucien Tison, commença, lui et sa famille, à passer les vacances d'été à Sainte-Lucie dès 1907 peu de temps après les grands feux de forêt de 1903. Ces feux avaient commencé à l’est de Saint-Donat avant d' atteindre Lanthier; puis franchir la rivière Dufresne, encercler le lac Sarrazin et s'éteindre un peu avant Sainte-Marguerite.


C'est en 1918 que mon grand­ père Charles C. Tison construisit son chalet d' été au lac Sarrazin à Sainte-Lucie. Tous les matériaux nécessaires avaient été transportés à bord d' une chaloupe qu'il avait lui-même construite pour ­ répondre à ses besoins. Bien entendu, l'embarcation était actionnée à la rame. Il n’y avait pas de chemin autour du lac; c’était l'époque des pionniers pour les propriétaires de chalets. Le trajet se faisait de la pointe du lac qui avait successivement appartenu à son beau-frère, Edmond Brunet et à M. Johannet.


Le lac Sarrazin abondait de truites rouges et grises que mon père taquina de 1907 à 1953. Il gardait le bilan de ses prises sur les murs de la remise, derrière la maison. Sa dernière bonne pêche est indiquée en date du 18 mai 1947: 28 truites rouges, toutes en haut d’une livre.


C'était une affaire de famille. Tous pêchaient intelli­gemment et tous prenaient du poisson: mes deux grands-pè­res, leur beaux-frères et les cousins. Au bout de quarante ans, la faune aquatique s'appauvrit. Pour cause! Une nouvelle génération de pêcheurs s'amenèrent avec des ménés des carpes et des perchaudes pour amorcer leurs hameçons. En quelques années, les truites qui avaient un taux de reproduction incroyable, grâce aux eaux limpides du lac, cessèrent­ de se multiplier à cau­se du manque de nourriture et des bactéries transmises par ces nouvelles espèces de poissons.


La troisième et la quatrième épouse de mon grand-père Henri Lacasse venaient de Ste­ Lucie, paroisse fondée par le Père François Ancé, à la demande expresse du curé Label­le, ce grand colonisateur du Nord. Le chemin de fer qui était rendu depuis 1875 à Saint-Jérôme devait passer par Sainte-Marguerite, Sainte-Lucie, Saint-Faustin et Saint-Jovite. Le terminus fut construit à Sainte-Agathe. Le train ne vint pas à Sainte­ Lucie. Heureusement, les colons y demeurèrent quand même.


Le Père Ancé fit venir de France sa nièce, Marie-Andrée Ancé, mariée à Léopold André en 1869. Ils arrivèrent avec leurs enfants: Edmond, Paul, Pauline et Marthe. Son beau­ frère, Eugène Bonhôte et sa fille Clorinde se joignèrent au groupe. La traversée sur le S.S. Polynasian commandé par le capitaine Brown avait duré onze jours, laissant croire qu’au début de mai, les icebergs n'avaient pas encore commencé à descendre du nord et que le commandant du navire Polynasian avait passé par le détroit de Belle-Isles à l’ouest de Terre-Neuve réduisant ainsi le trajet de quatre Jours.


Les nouveaux-venus s' établirent à Sainte-Lucie de Doncaster. Léopold André exerça le métier de meunier, bien qu’il fut charron en France. Il réussit à harnacher les eaux des lacs Sarrazin et Ménard pour faire actionner les roues à aubes de son moulin à farine et, plus tard, son moulin à sciage de bois (scierie).


Son commerce devait être passablement florissant car il fit la donation des terrains pour la construction de l'église et du cimetière.


Léopold André et son beau­ frère, Eugène Bonhôte, importèrent de France, des cépages de vigne de la région de Nancy et Des Vosges, afin d'implanter une industrie de vin à Sainte-Lucie. Ils firent 1a distillation du sirop d'érable pour en fabriquer un bran­dy.. En 1880, ils semblaient confiants en la réussite de leur entreprise. Malheureusement, notre rude climat devait mettre fin à leur enthousiasme.


Léopold André fut aussi maître de poste assisté par sa fille Pauline; il devint marguillier en 1890. Son beau-frère, Eugène Bonhôte, fut secré­taire-trésorier de Ste-Lucie en 1892 et marguillier en 1893; sa nièce, Clorinde, devait épouser le Dr. Dugas.


Le père Ancé arrivé au Canada en 1848 fut successivement vicaire à Saint-Eustache, professeur au collège de Ste­-Thérèse, curé de Sainte-Julienne puis, premier curé de Saint-Jean-de-Matha. C’était un abbé guérisseur. (un à côté populaire à cette époque) Sa principale panacée était un onguent vraiment miraculeux: un baume analgésique très en vogue. D'après certains, cet onguent guérissait les entorses, les maux de dos, les douleurs rhumatismales et la toux.


Le Père Ancé mourut en 1888 à l'âge de 88 ans.

Le premier propriétaire du magasin général de Ste-Lucie fut Noé Forget, suivi d'Eugène Gibault, puis de Paul André, fils de Léopold. Le magasin général est toujours la propriété des filles de Léopold: Camille et Charlotte André. Paul était marié à Marie-Anne Charbonneau dont le cousin,Joseph-E. Limoges devint le troisième curé de Ste-Lucie.

Mon grand-père, Henri La­casse, se maria en quatrième noces avec Jeanne André, nièce de Paul André. Parfaitement autonome, elle vit toujours dans sa propre maison.


J'ai encore souvenance de nos très nombreuses expéditions dans le Nord, par la route 11. Expédition est le mot juste car on ne savait jamais à quelle heure on allait revenir.


S'il pleuvait, les visiteurs­ de fin de semaine s'at­tendaient vers six heures du soir au sommet du Mont Du Sau­vage. En raison du piteux état du chemin, il arrivait parfois que certaines autos ne pou­vaient gravir les derniers pieds de la pente. Les voitu­res qui n'avaient pas assez d’élan se faisaient pousser Jusqu’au haut de la côte. C'était tout un exploit de monter la côte en troisième vitesse. Les rusés transportaient des poches de patates vides et les enroulaient autour des jantes de leur véhicule pour lui donner plus de traction.


Il y avait également ceux qui gravissaient la côte du Mont-du-Sauvage, en vitesse arrière avec leur vieux modèle le T de Ford qui en raison du système de carburation par gravité ne pouvait l'alimenter en essence.


Je me souviens encore de la source d' eau fraîche, en haut de la côte. Les uns s’y abreuvaient et les autres y re­cueillaient de l’eau froide qui servait à refroidir le moteur et le radiateur de leur auto.


Une pluie de trois jours rendait le Mont-du-Sauvage impraticable. Il fallait faire le tour par Sainte-Marguerite. Nous passions alors devant la maison de l’oncle de ma mère, monsieur Xavier Lacasse, qui avait été maire de cette municipalité. Ma mère y passait ses vacances d' été lorsqu’elle était jeune fille.


Une ou deux crevaisons, durant le trajet, était chose habituelle. Plusieurs voitures avaient deux roues supplémentaires, rangées de chaque côté du véhicule sur les marche­-pieds. Après une deuxième crevaison durant un même voyage, c'était la catastrophe. On démontait la roue et la chambre à air était rapiécée sur place avec un tampon de caoutchouc. La colle devait sécher sous la pression des doigts appliquée durant quelques minutes. On procédait alors au remontage de la chambre à air et du pneu sur la jante; on gonflait le pneu au moyen d'une pompe portative et manuelle.

Je crois que l’opération demandait environ 450 coups de pompe. Une heure plus tard, nous repar­tions.


Enfants, nous avions plusieurs points de repère durant le trajet. Nous quittions Montréal en traversant le Pont Viau. Puis c'étaient Saint-Elzéar et Sainte-Rose avec ses pommiers et ses lilas fleuris. Nous admirions la très belle église de Sainte-Rose dont la première bâtisse remonte à 1746 et la dernière à 1859. L' intérieur de ce temple est d' une très grande beauté. Il vaut la peine de descendre de la voiture pour y admirer son architecture.




En quittant Sainte-Rose et ses anciennes et jolies maisons, nous devions passer sur le pont Plessis-Bélair qui enjambait la rivière des Mille-­Îles. C’ était un pont à péage qui nous faisait bien peur. On croyait qu'il allait s' écrouler et nous entraîner dans les eaux de la rivière. De l’autre côté, il y avait le club de golf de Rosemère. A cette époque, c’était un sport pratiqué surtout par les An­glais et les gens riches. Au­jourd’hui, le simple citoyen côtoie le gros bourgeois sur ces terrains.



Nous arrivions à Ste-Thérèse après avoir longé la Rivière-aux-Chiens (autrefois la rivière Ste-Thérèse) parallèle au chemin de la Grande Côte puis la rue Turgeon le chemin St-Louis qui sépare le collège de l'église Ste-Thérèse et enfin la côte St-Louis pour rejoindre la route numéro 11.




Cette route portait le nom de chemin du Curé Labelle comme aujourd'hui d'ailleurs et antérieurement le nom de Grande Ligne. Après 1938, nous ne passions plus dans la ville. Nous empruntions la route 11 à partir de Rosemère. Les rues étroites ne pouvaient plus absorber le trafic de plus en plus volumineux.



Je m' étais toujours deman­dé pourquoi la Grand Ligne était la seule route droite au Québec. Eh bien! le sieur Michel Sidrac DuGué de Bois­briand, capitaine du régiment de Carignan, avait obtenu du roi Louis XIV, en 1683, la seigneurie des Mille-Îles qui s'étendait du Bois-des-Filion à Saint-Eustache et de la ri­ rivière des Mille-Îles à St- Jérôme ou presque. En 1792 la seigneurie est divisée en deux parties égales. De là vient le nom de Grande-Ligne.


Aujourd'hui, c'est avec nostalgie et tristesse que je quitte Sainte-Thérèse à l’idée que les plus belles pages de notre histoire ont été écrites par ces nobles fils de cette seigneurie qui se sont illustrés de la Baie d’Hudson au Golfe du Mexique et de Terre-Neuve à la Colombie-Britannique pour nous donner un pays, alors qu'en vingt ans, nous avons donné ce pays aux étrangers sans livrer de combat.



À Saint-Janvier, on passait très vite car souvent des meutes de chiens errants couraient derrière nous comme pour dévorer les pneus des automobiles qui traversaient le village. On disait qu' ils étaient parfois tellement voraces qu'ils mangeaient le mastic des fenêtres. À compter de cette localité nous devions remonter les vitres de la voiture car un nuage de sable nous accompagnait jusqu à St­ Jérôme. La poussière était telle que nous avions peine à voir la voiture qui nous précédait.



Le boulevard Labelle, il y a 40 ans

Il y a 40 ans à peine, il n'y avait aucune construction sur la Grande Ligne" ou le boulevard Labelle, à la hauteur du boulevard Ducharme.


Saint-Janvier au milieu du 18e siècle portait le nom de Pays Fin ce qui voulait dire fin du pays.Au delà, c'était l'inconnu. Aujourd'hui nous pouvons rouler jusqu'à la Baie de James.


Environ deux milles avant Saint-Jérôme nous tournions d'abord à gauche sur le chemin conduisant aujourd'hui à Mirabel. Poursuivant le voyage nous roulions sur une distance d’ environ mille pieds avant de tourner à droite, cette fois, pour nous engager sur le che­min Guénette parallèle à l'actuelle Autoroute du Nord. De là, on peut y voir de très belles fermes cultivées et, au loin, la cathédrale de Saint-Jérôme.



Un ancien cultivateur de la Montée Guénette racontait que son arrière-grand-père était parti pour l'Annonciation avec sa charrette, son cheval et sa vache. La vache montait dans la charrette tirée par le che­ val. Lorsque le cheval était fatigué, la vache le rempla­ çait, et le cheval suivait derrière; c'était à tour de rôle à tirer la charrette.


Au bout de la ferme de son grand-père passait le chemin-de-la-Chapelle, plus ou moins parallèle à la route 158. C'est là un peu à l'est de la maison Charbonneau servant de centre de tourisme pour les Laurentides (A.T.L.) que, en 1831 était érigée la première chapelle de Saint-Jérôme.



La maison Charbonneau vaut le détour. On a peine à croire qu’ une famille de dix enfants pouvait habiter dans cet espace plutôt réduit.



Un peu plus à droite de la maison Charbonneau (site ori­ ginal avant la relocalisation) était situé le premier hôtel de Saint-Jérôme l’Hôtel de la Chapelle, là où se trouve, aujourd'hui le poste d'essence Sergaz. La boulangerie Filion, non loin de là, s1était retrouvée dans le fond de la Rivière du Nord à la suite d'un glissement de terrain.


Je suis toujours impressionné par la majestueuse cathédrale de Saint-Jérôme.



Elle domine cette ville qu' on appelait avec tant de fierté la Reine des Laurentides. Mon grand-père Charles Tison, y avait été enfant de chœur pour le curé Labelle. Il se plaisait à dire qu' après les vêpres le curé Labelle et lui faisaient la tournée des débits de bière. Le curé Labelle disait à ses paroissiens présents en ces lieux: vous avez assez bu, retour­nez chez-vous, vos femmes vous attendent pour le souper.

En quittant Saint-Jérôme, nous pouvions apercevoir les premières montagnes. D’après les Indiens La chaîne de montagnes Les Laurentides remonte au 10 février 1663 à cinq heures et trente minutes du matin alors que des secousses sismiques secouèrent le pays pendant six mois. Autrefois la plaine s'étendait jusqu à la vallée de la Rivière Rouge, au nord-est du Mont-Tremblant.


Toujours de l’autre côté de Saint-Jérôme. On peut apercevoir les rails de la voie ferrée du C.N.R. qui se rendait au lac Rémi, en passant par Saint-Sauveur, Morin Heights et Huberdeau.



La route 11 longeait la voie ferrée avant d' arriver à Shawbridge. C' était toujours notre grande joie de pouvoir courser avec la locomotive juste un peu avant d'arriver au village.


On pénétrait dans Shawbridge derrière les terrains actuels de la florissante pépinière Lorrain.


La Cie Shawbridge Lumber se trouve à gauche de la rue Principale qui était autrefois la 11 et à droite c' est le club de golf de Shawbridge.


C'est dommage qu' on ait remplacé le nom de Shawbridge par celui d'un politicien. Ce monsieur Shaw, un commerçant de bois, avait, de son propre argent fait construire un pont qui enjambait la Rivière du Nord d'où le nom de Shawbridge. Les pionniers passent et ne durent pas.


À Shawbridge, la rue Principale n’a pas changé d’aspect depuis la fin des an­nées 30. Il n'y a aucune annonce de bière ou de boissons gazeuses sur des panneaux publicitaires. Le temps s'est arrêté! De très belles et anciennes maisons contribuent au cachet paisible et campagnard de ce village. C'est à se demander comment il se fait qu'aucune colonie d’artistes n'ait songé à s'y installer. Pour les tempéraments nostalgiques, c'est le village des souvenirs et des rêves.

De l’autre côté du pont Shaw, la 11 porte maintenant le nom de rue Baulne. De là il faut traverser de nouveau la route 117, passer sous le viaduc du C.N.R., suivre la partie basse de Ste-Anne-des-Lacs et finalement entrer à Piedmont par le chemin Avila. Un peu au nord de cette croisée, à droite, on peut apercevoir les ruines de l'ancien poulailler de Steinberg. Comme les poules étaient au grand air, dans le Nord, avec une vue splendide de la vallée de Piedmont, on disait qu' elles pondaient les meilleurs œufs de la province.... car elles étaient si heureuses que leur bonheur se reflétait dans leurs œufs au miroir.




En descendant dans la vallée de Piedmont, nous devions passer devant les chutes du grand ruisseau qui, bien que prenant sa source au lac Breton, alimentait le moulin à scie de Monsieur Guénette. Il fallait ralentir pour admirer le panorama. Aujourd'hui, on aperçoit encore les ruines des vestiges de la route 11, au pied de l'escalier, chez monsieur Guénette.


Poursuivant toujours notre voyage, près du motel Piedmont, nous tournons à gauche et passons devant les coquet­tes maisons de la rue Hervé et arrivons près de l'Hôtel-de­ Ville de Piedmont. Un peu derrière, se trouve la maison de Jack Rabbit Johannsen qui, en 1935, ouvrit la fameuse piste de ski de fond (Maple Leaf) reliant Shawbridge à Mont­-Tremblant, à même ses biens sans aucune aide financière. Des rumeurs courent que cette maison pourrait être transformée en musée, en hommage à ce grand homme et à son œuvre de titan dans le domaine du ski.


Nous voici, maintenant, à la croisée de deux rues principales: celle de Piedmont et celle de St-Sauveur-des-Monts. Un peu à l'ouest de celles-ci, on trouvait l'hôtel Le Pe­tit Canot détruit, par les flammes à la fin des années 70. Les deux maisons érigées à la gauche de la croisée datent des années 30; elles sont toujours attrayantes bien que le rouge vif d'autrefois ait fait place à une sorte de bleu poudre.


Montons à gauche du dépanneur Perrette pour contourner le motel Le Nomade qui n'existait pas autrefois. Derrière la maison solitaire de la rue Giroux, prenons la rue Filion pour traverser le pont qui enjambe la Rivière-à-Simon. La route 11 est devenue la rue des Mélèzes, à côté de la clinique du radiateur Lamoureux. À deux cents pieds de là, sur la route 117, nous retrouvons la route 11 par le Chemin-de-la-Colline avec ses belles maisons accrochées au flanc de la montagne. Nous traversons, à nouveau, la route 117 à côté du théâtre de Mont-Rolland pour revenir sur le chemin de la rivière, à Mont-Rolland.


Les immenses tuyaux qui a­ amènent l'eau de la Rivière du Nord à la papeterie de la Cie Rolland, fondée au début du siècle attirent notre attention. La rue passe sous ces tuyaux. À chaque fois que nous passions sous ceux-ci, nos parents nous invitaient à nous pencher pour ne pas nous frapper la tête. On faisait croire n'importe quoi aux Jeunes... dans ce temps-là.


Dès lors, le Chemin-de-la­ Rivière changeait de nom pour devenir la rue Rolland. Au village du même nom, la rue Saint-Joseph nous conduisait au Rustik Inn, auberge maintenant disparue. Franchissant le pont qui enjambe, à nouveau, la Rivière du Nord, nous arrivions à Sainte-Adèle. La rue Valiquette traversait la partie basse du village en diagonale pour aboutir à la rue Morin où se trouvait le Red Room, le ballroom. le plus populaire à l’époque. De cet endroit, il fallait descendre la rue Dumouchel, suivre l'actuelle route 117, tourner à droite, entre la rivière des Mulets et Desjardins Marine, et entreprendre l'ascension du Mont-du-Sauvage sur une lon­gueur de deux milles.


Passé le Mont-du-Sauvage, Val-Morin nous accueillait. Lorsque le temps le permettait, nous allions voir le lac Raymond qui, en fait, est un élargissement de la Rivière du Nord. Souvent, nous pouvions voir de l'autre côté du lac, le train du Nord contre lequel nous venions de remporter la course, au nord de Saint-Jérôme. À Val-Morin, il y avait le fameux camp de conditionnement physique Maupas où, notre champion de la lutte, Yvon Robert, venait s'entraîner avec tant d'autres athlètes. Derrière l'église de Val-Morin, passait le tronçon de la piste de ski de fond: La Maple Leaf pour rejoindre Sun Valley Farm, Ste-Adèle et Shawbridge.


Après le village de Val-Morin, c'était au tour de Val­-David à nous accueillir. Petit village rendu célèbre par La Sapinière, la renommée Butte à Mathieu, le Village du Père Noël et le camp Edphy. Poursuivant notre itinéraire, nous arrivions à Ste-Agathe, fleuron des Laurentides avec son lac magnifique parsemé d'îles et de presqu'îles. C'est en 1892, que le train rejoignit cette localité pour la première fois. À l'époque, Ste-Agathe était l'endroit de prédilection des gens bien nantis. Les princes de la finance de la rue Saint-Jacques et de Bloor Street y avaient commencé à construire leurs somptueuses villas. L'Amérique était en pleine effervescence, grâce à l'explosion industrielle: les bâtisseurs de cette Amérique venaient savourer leur dé­tente dans cette région. La France, après avoir connu trois révolutions en un siècle, était maintenant à la belle époque. Des gens, comme le comte d'Ivry, avaient élu domicile au nord de Ste-Agathe­ des-Monts.


Pour réellement apprécier Ste-Agathe, il faut prendre le bateau-mouche et aller admirer les riches domaines. La vue des magnifiques maisons qui bordent le lac arrache les élans d'admiration des visiteurs. Ste-Agathe était le point de départ pour les chas­seurs et les pêcheurs en quête des richesses de la nature.


Parmi les richesses que recèle Ste-Agathe, il y a la très impressionnante villa de Sir Mortimer Davis, accrochée au flanc sud du mont. C'est un immense manoir de style britannique ayant une vue exceptionnelle sur le Lac-des-Sables. M Davis fut le fondateur de l'Hôpital Général de Montréal.


À Sainte-Agathe, au bout de la rue Vincent, s'élevait le Sanatorium pour les tubercu­leux. On pouvait y voir des malades, vêtus de longues jaquettes blanches, arpenter les balcons de cette vénérable institution. À l'époque, malheureusement peu de tuberculeux guérissaient. Parlant du Sanatorium, on disait l'hôpital des incurables. Dans les jardins du «san» (comme on disait).



Les lecteurs prendront note que, sur cette carte routière de 1931, le pont Jacques Cartier n'existait pas encore, ni les ponts Champlain, Mercier, Lafontaine et Cartierville. Il y avait un service de traversiers entre le boulevard Pie-IX et Saint-Vincent-de­-Paul. Un chemin, balisé durant l'hiver, faisait office de pont entre Pie-IX et la municipalité de Longueuil.


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