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Rencontre de René DeRepentigny

Par Victor Lavoie et Lorraine Raby


Nous avons rencontré M. René DeRepentigny chez lui au 1050, chemin du Moulin à Sainte-Adèle. C' est le lieu où, comme son père et son grand-père, il a passé toute sa vie.


J’ai rencontré René DeRepentigny dans son moulin. Par Loraine Raby.
J’ai rencontré René DeRepentigny dans son moulin. Par Loraine Raby.

Le grand terrain sur la rivière aux Mulets loge l'entreprise familiale (un moulin à scie en opération) et la grande maison paternelle où il a élevé sa famille. C'est Gène ( 1) Charbonneau, nous déclare M. DeRepentigny, qui a bâti ce moulin. Il avait décidé de mettre en valeur la chute d'eau de la rivière, qui contournait sa maison.


Plusieurs des articles parus dans nos Cahiers ont souligné l'importance d'une bonne chute d'eau pour mettre en valeur les lots octroyés



1 Probablement, pensent René et son épouse, un diminutif de Eugène, mais nous n’avons pas fait les vérifications.


Le premier moulin actionnait une scie qui était un godendard. Il fonctionnait à l'aide d'une roue excentrique, genre de la roue de la locomotive de chemin de fer qui faisait monter et descendre le godendard. Innovation très importante!

Elle permettait de produire sur une base industrielle les planches nécessaire à la confection des toits, des fenêtres, des portes et des meubles. Je peux mieux saisir la portée de ce service puisque mon grand-père Omer Lavoie et son père Hercule avaient dû scier eux- mêmes •sur le long•, avec des godendards bien affûtés, toutes les planches qui ont servi à l’érection de leur maison. Mécanisée, la fonction traditionnelle devenait plus efficace.

Quand Joseph DeRepentigny, le grand-père de René  a acheté le moulin, il a rapidement fait l’acquisition d’une grande scie à dents rapportées.(Photo Lorraine Raby).
Quand Joseph DeRepentigny, le grand-père de René a acheté le moulin, il a rapidement fait l’acquisition d’une grande scie à dents rapportées.(Photo Lorraine Raby).

La vie était relativement prospère  comme en fait  foi la belle grande maison paternelle devant laquelle nous discutons  (Photo Lorraine Raby).
La vie était relativement prospère comme en fait foi la belle grande maison paternelle devant laquelle nous discutons (Photo Lorraine Raby).

C'est Raoul Matte qui a possédé ensuite ce moulin et l'a doté de sa première scie ronde. Cela avait nécessité la transformation générale du moulin: un chariot caridge bien aligné sur la scie devait présenter le billot à scier. Comme aujourd'hui, l'art du scieur était de décider efficacement le meilleur rendement à obtenir de chaque billot. Il y a la manière de le présenter à la scie et la décision du type et de la dimension des planches à en sortir. On voit donc que la qualité du scieur a beaucoup à faire pour assurer la rentabilité d'un moulin à scie. René peut en parler d'abondance car nous connaissions sa réputation d'excellent scieur. D'autant plus que la croûte•, la dosse en français, précise-t-il, rapportait si peu que rien, à l'époque.


Ces scies à dents fixes étaient difficiles d'entretien. Une dent endommagée pouvait ruiner la journée de travail. Il fallait aussi faire l'aiguisage fréquemment dans des conditions hasardeuses. Ces scies rondes à dents fixes exigeaient aussi que tout le métal employé pour leur fabrication soit d'excellente qualité puisqu'elles étaient monopièces.


Aussi, quand Joseph DeRepentigny, le grand-père de René, a acheté le moulin, il a rapidement fait l'acquisition d'une grande scie à dents rapportées. René nous a montré avec fierté cette immense scie qui fonctionne encore. Elle revenait d'une session de remise en ligne qui doit être faite régulièrement.


Le moulin était sur pilotis et le chemin de sortie passait au bord de la rivière, à gauche de la grosse roche et de son sapin dans le courant. L'érosion a fait son œuvre. (Photo: Lorraine Raby).
Le moulin était sur pilotis et le chemin de sortie passait au bord de la rivière, à gauche de la grosse roche et de son sapin dans le courant. L'érosion a fait son œuvre. (Photo: Lorraine Raby).

Les grandes scies, en effet, doivent être entretenues et alignées plus ou moins souvent selon la quantité et la sorte de bois qui est scié. René a déjà vu monsieur Lapointe procéder à ce travail. Sur une grande enclume, on bat la grande scie pour contrer tous les mauvais plis qu'elle pouvait avoir subis particulièrement quand elle chauffait.



Les Lapointe font ce métier très spécialisé depuis 4 générations. Quand la scie fut achetée de la compagnie Robertson de Saint-Henri, c’est un Lapointe qui faisait ce travail puis de père en fils ce sont les Lapointe qui continuent ce service pour la compagnie devenue la compagnie Son’s Canada puis IKS quand elle fut achetée par les Américains.


La scie à dents rapportées était une très grande innovation Avec ce genre d'instrument, quand une dent casse:, on peut la remplacer, quand elle touche un clou, on peut enlever cette dent pour l'aiguiser.


On court moins de risque de perte totale d'un investissement aussi important que la grande scie du moulin. Dans le temps, René nous dit que l'aiguisage se faisait à la lime. Aujourd'hui son fils se sert d'une affûteuse automatique qu’il utilise une meule actionnée à l’électricité.


La famille De Repentigny a vécu de ce moulin en en tirant tout le rendement possible et en s'adaptant continuellement aux besoins changeants de la population à desservir.


La planeuse sur quatre faces  a remplacé depuis un demi-siècle l’ancienne machine à moulures. (Photo: Lorraine Raby).
La planeuse sur quatre faces a remplacé depuis un demi-siècle l’ancienne machine à moulures. (Photo: Lorraine Raby).

Ainsi, l'entreprise installa une planeuse-raboteuse trois faces pour les moulures. René revit avec plaisir la transformation du bois et parle avec une certaine émotion de la -belle ripe qui sortait de cette machine de finition. Il a abandonné celle raboteuse vers les années cinquante et l'a remplacée par une autre qui travaille les quatre faces du bois.


René se rappelle en particulier de la machine à bardeaux qui, quand elle fonctionnait, nécessitait la présence active de toute la famille. On avait préalablement préparé des blocs de 16 pouces en cèdre de bonne qualité que René apportait pour fournir le banc de scie à dents fines que son père, Ludger, faisait fonctionner en intervertissant les coupes •mince vers plus épais, plus épais vers mince, grâce à un décanteur intégré à la machine. Thérèse •délignait» les bords des bardeaux que René classait pour permettre à sa mère, Évangéline Dubé, de mettre le tout en caissons de 125 bardeaux. Il est évident que ce souvenir heureux rappelle la senteur merveilleuse du bon jus de cèdre... Il y avait aussi une machine à lattes.


Le moulin se transformait aussi au besoin en moulange qui était, surtout après la maladie de son père, la chasse-gardée de René. Avoine, sarrasin, orge. blé, nécessitaient des traitements bien spéciaux et la façon de moudre dépendait de l'usage que le client voulait faire du produit: moulée pour les gros animaux, nourriture pour les volailles, (il appelait ça casser le grain: ou, et c'était là le luxe du métier, farine de sarrasin plus ou moins fine selon le désir du client. René se rappelle que la moulange fonctionnait surtout en fin d'après-midi, surtout à l'automne, et qu'il devait travailler environ 5 ou 6 heures souvent à la lampe pour transformer une vingtaine de poches de grains.


La refendeuse choisit la largeur du bois à produire. (Photo: Lorraine  Raby).
La refendeuse choisit la largeur du bois à produire. (Photo: Lorraine Raby).

Également dans les souvenirs de René les conversations de son père et de son grand-père qui rappelaient les bonnes années du bois. On vendait alors le bois brut à très bon prix mois avec des exigences de qualité que personne ne pourrait rencontrer aujourd'hui. Le bois s'écoulait ainsi en longueurs de 16 pieds, de 14 pieds ou de 12 pieds sous forme de madriers de 3 pouces d'épaisseur par au moins 8 pouces de largeur. Si bien qu'aucun billot de moins de 8 pouces au petit bout ne pouvait être utilisé. Les DeRepentigny faisaient à l'époque deux voyages par jour pour déposer leurs précieuses cargaisons dans les chars, ce qui faisait 36 milles pour la journée.

La compagnie Villeneuve, dont nous avons parlé dans notre dernier cahier, -dravait- la rivière aux Mulets. À part les feux de forêts de 1904 et de 1910, qui ont tous deux épargné les installations de la famille, la vie était relativement prospère comme en fait foi la belle grande maison paternelle devant laquelle nous discutons. René se rappelle que les «Jobbers» et les industriels du temps s’habillaient toujours dignement et portaient en particulier la petite veste qui leur

permettait de tenir en évidence et à portée de main la belle montre en or qui était signe de réussite. Il se rappelle en particulier son grand­-père maternel, Fabien Dubé, dont la maison ancestrale est toujours dans le rang 3, et de ses patois : «Calvin» quand tout allait bien et «Joual vert».

La vieille chute se rappelle le pont de bois qui la surplombait et écoute avec émotions les souvenirs de René et les siens.
La vieille chute se rappelle le pont de bois qui la surplombait et écoute avec émotions les souvenirs de René et les siens.


quand ça tourne mal. Ce souvenIr le conduit à sa tante Dorina Dubé et à son oncle Wilfrid Corbeil qui a été bedeau durant 55 ans â Sainte-Adèle et a reçu en grande pompe la médaille du pape, en même temps que la femme d'Édouard Groulx qui était une des filles d'Alfred Cousineau, et qui avait eu 22 enfants et les avait élevés sur la terre où se trouve maintenant le golf du Chanteclerc.


René avait 8 ans quand le crash économique de 1930 sonna le glas de cette prospérité. Il s'en rappelle comme si c'était hier, car cela changeait radicalement le fonctionnement de toute l'entreprise et son père a dû se retourner vite pour assurer sa survie Il croit que celà a rendu son père sur-prudent pour l'avenir et que les soucis de cette époque ont miné sa santé qui allait devenir passablement fragile.

En 1936, la toise appelée la toise à Duplessis était relativement favorable au moulins à scie et cela a pu contribuer à permettre une marge de profit plus acceptable. Le gouvernement Godbout devait, au début de la guerre, imposer une nouvelle toise dite la toise Roy qui accordait jusqu'à 20% de plus aux cultivateurs. Cela augmentait les charges des moulins. mais on n'en a pas trop souffert car la conjoncture était alors très favorable.


Nous avons pu visiter les installations où son fils Maurice était occupé à effectuer les réparations d'usage. Le bois s'empilait dans la cour du nouveau site où René a transporté son installation après l'avoir doté d'un gros moteur diesel qui lui a permis de l'éloigner un peu de la rivière et de ses crues. Cela était devenu nécessaire parce que le gouvernement construisait un nouveau pont sur la rivière, et ne pouvait continuer à fournir les accès à l’étage dont le moulin bénéficiait depuis sa construction. La pollution occasionnée par le brin de scie qui s'écoulait au gré du courant et les quelques dosses (croûtes) qui étaient rejetées dans l'eau étaient devenues de moins en moins acceptables.


René nous a invité à faire le tour du propriétaire en insistant sur les endroits où les équipes de tournage, qui ont loué son moulin comme décor, ont tourné le plus de films.


Avant de quitter le moulin, il faut couper la planche en longueur standard. Et ensuite remercier notre hôte de sa compétence et de sa gentillesse. (Photo: Lorraine Raby).
Avant de quitter le moulin, il faut couper la planche en longueur standard. Et ensuite remercier notre hôte de sa compétence et de sa gentillesse. (Photo: Lorraine Raby).

Nous nous sommes contentés d'une trentaine de photos dont quelques-unes illustrent bien cet article. Merci à René DeRepentigny et à sa famille qui nous ont reçus avec tant de gentillesse. Nous espérons vous avoir transmis un peu de notre intérêt pour cette page d’histoire.


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