NOS VIEILLES MAISONS / LA MAISON ROSE SE REFAIT UNE BEAUTÉ
- Mélanie Tremblay
- 26 nov. 2025
- 3 min de lecture
Sous ce titre, Madeleine Jacob, journaliste au Journal des Pays-d’en-Haut fait l’historique d'une maison légendaire, quelque peu mystérieuse et que tout le monde désigne sous le nom de MAISON ROSE, dans la rue Principale, à Saint-Sauveur-des-Monts.
C. Lacasse
Qui ne connaît pas la petite maison rose à Saint-Sauveur? Installée confortablement au bord de la rue Principale depuis près d'un siècle et peut-être même plus, mais les registres ne nous mènent pas aussi loin, elle a inspiré nombre d'artistes qui l'ont photographiée, peinte et dessinée sous tous ses angles.

Les gens 11 de la place", tout comme les visiteurs, l’ont prise en affection, avec son toît un peu croche, ses murs roses et la peinture de saint Christophe ornant sa façade. Et on est inquiet aussi, les gens de la place" surtout, de savoir quel sort on peut bien mijoter présentement pour la demeure ancestrale.

Afin de mieux comprendre l'avenir réservé à cette bâtisse, il faut revenir en arrière. Pour être plus précis, au 15 novembre 1897 … alors que le premier contrat de vente connu a été signé chez le notaire Joseph Chevalier qui habitait à ce moment-là, la maison occupée par le restaurant La Cafetière, angle des rues de l'Église et Principale. Monsieur Damase Maillé vendait la maison à M. F.-X. Clouthier pour trois cent quarante piastres. Et depuis ce temps, au moins 23 contrats notariés ont fait changer la petite maison, y compris un contrat pour la somme de $1.00.
On dit que le propriétaire qui y habitait au début du siècle faisait l'occasion du taxi pour ses concitoyens! qu'il y eut un incendie vers la fin des années '40 ou le début des années '50, mais qu'il n'endommagea que l'intérieur de la maison. On dit aussi que c'est le peintre André Bieler qui fit la fresque de saint Christophe en 1931, fresque qui fut malheureusement mal retouchée en 1969-70.
Mais pourquoi choisit-il saint Christophe parmi tant d'autres sujets? L'épouse du peintre Bieler et lui-même utilisaient la maison pendant les fins de semaine et les vacances d'été et d'hiver et y recevaient bon nombre d'amis qui devaient naturellement voyager pour s'y rendre, d'où le choix du patron des voyageurs, saint Christophe.
Un livre sur M. Bieler et la petite maison rose fut même écrit à l'époque et porte le titre "An Artist's Life and Times". On croit également que c'est ce même artiste qui donna à la bâtisse cette couleur rose devenue légendaire.
Depuis quelques années, cependant, la maison montrait des signes de vétusté et se voyait vouée au pic du démolisseur ou destinée à subir des rénovations qui auraient changé jusqu'à son âme. Mais une lueur d'espoir se fit sentir lorsque Lisette et Georges Legon ont voulu s'en porter acquéreurs. Une Québécoise pure laine, Lisette est mariée à un Français vivant au Québec depuis vingt ans. Pendant ce temps, ils ont fait un séjour de huit ans en France, mais sont finalement revenus ici, leur cœur ne les ayant pas entièrement suivis là-bas.
Des gens extrêmement sympathiques habitant la ville de Québec, mais qui venaient régulièrement visiter la parenté et les amis à Saint-Sauveur-des-Monts. Ils se sont tranquillement, mais sûrement laissés prendre au piège de la petite maison rose. Elle s'est intégrée à leur vie pour devenir, d'un simple intérêt curieux, l'endroit qu'ils voulaient faire leur.
Avec l'aide de M. Benoît Béland, de Saint-Sauveur, responsable des plans d'architecture fort originaux, ils ont décidé d'agrandir la maison tout en respectant ses caractéristiques. On la déplace sensiblement, on la pose sur une bonne fondation et on laisse l'intérieur et l'extérieur presque intacts, à l'exception de quelques petits changements et du saint Christophe qu'on fait rafraîchir et qu'on protégera au moyen d'une baie vitrée. La rallonge qu'on voit déjà derrière, se mariera harmonieusement à la bâtisse originale.
C'était là le but premier de Lisette et Georges Legon qui ne voulaient à aucun prix sacrifier l'essence au confort. La fin des travaux est prévue pour décembre 1983.
Georges Legon, fin connaisseur de meubles et d'objets d'époque qu'il restaure de façon sublime, en vue de convertir le devant de la maison en boutique où seront reconditionnées, exposées et vendues des choses vraiment uniques. Et la rallonge servira de résidence privée.
Voilà donc ce qui se passe présentement avec la petite maison rose. Au lieu de subir les affres de la vétusté, elle a eu le bonheur de trouver les propriétaires qu'il lui fallait, c'est-à-dire des gens qui ont respecté son âme et son style et le cachet du village, en lui assurant une douce transition entre le passé et le présent.
Madeleine Jacob, journaliste
Texte paru dans le Journal des Pays-d'en-Haut, 30 novembre 1983.
La S.H.P.H. remercie Madeleine Jacob, journaliste, pour sa collaboration fort appréciée.
LM-021-38




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