Le tourisme de 1925 à 1939 àSainte-Marguerite du Lac Masson
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- 12 août 2025
- 10 min de lecture
Dernière mise à jour : 13 août 2025
Par Yves Bruchési
Pour une documentation sur ce sujet, j'ai eu recours à L'Historique de Sainte-Marguerite du Lac Masson rédigé par Françoise Millet, qui fut publié dans le calendrier souvenir du 12S8 anniversaire du village. J'ai consulté le petit volume de l'histoire des familles Lajeunesse, écrite par Jean Berchmans Lajeunesse o.m.i. et par son frère Gaétan Lajeunesse, prêtre. (1) J'ai aussi rencontré mon ami, Pierre Masson, qui est le propriétaire actuel du Château Masson.

Ensemble, nous avons discuté de ses ancêtres en remontant au dernier seigneur de la Seigneurie de Terrebonne: Joseph-Édouard Masson, père.
De ces sources d'informations, j'ai appris, comme beaucoup d'entre nous, que nos premiers colons vinrent s'établir en 1854 sur des terres du comté de Terrebonne dans le canton de Wextord. Ils arrivent comme trappeurs, défricheurs, cultivateurs et bûcherons. Ils s'établissent, de préférence, dans les régions qui seront connues plus tard, comme les rangs 9, 10 et 11 et qui leur paraissent plus propices à la colonisation.
Grâce à leur détermination, et au cœur à l'ouvrage qu'ils y apportèrent, dans moins de 10 ans, en 1864, la fondation civile de la paroisse de Sainte-Marguerite-du-Lac Masson, fut officiellement reconnue. Ces braves gens avaient réussi à prendre racine et même à construire une chapelle.
M. Joseph-Édouard Masson, fils du dernier seigneur de Terrebonne, Joseph qui était décédé depuis le 15 mai 1847, vient se joindre au groupe de colons. Il agit comme «agent de développement» pendant plusieurs années. Il acquit 1 645 acres de terre ainsi que le tour du lac auquel il donne son nom.
Joseph-Édouard Masson fit construire le chemin Masson et donna au village un moulin à scie et un moulin à farine, bâtis en haut de la côte sud du pont. Il a soutenu la population la plus démunie, par des actes de donation. Enfin, voulant établir le centre du village plus près du lac Masson, il donna à la jeune paroisse un terrain pour y construire une église. Elle fut bâtie en 1871 et passa au feu en 1922. La deuxième église, érigée en 1923-1924, fut placée sur le même site.
Le prochain événement est la venue tant attendue du chemin de fer à Sainte-Marguerite en 1887. Le «Petit Train du Nord» amenait, avec lui, la promesse d'une vie plus facile et plus agréable pour la population. Ce lien si important, entre les différents villages et les grandes villes, leur était enfin donné.
Malheureusement, cet heureux événement fut suivi par une tragédie au début des années 1900. Un feu de forêt, en provenance du nord, que certains disent venir de Sainte-Agathe, et d'autres de Mont-Laurier (2), sema la terreur.
Chez nous, il dévasta en un rien de temps, toutes nos belles forêts et le tour presque complet du Lac Masson, en menaçant sur son passage, les terres et les maisons des colon (3) et même le village de Sainte-Marguerite.
Le feu qui brûla autour du lac, s'arrêta sur la rive nord au Rocher et, sur la rive sud, sur Je versant est du Mont Vénus. Ce premier feu fut suivi par un second, de moindre importance, qui brûla heureusement les corps morts des arbres, laissés debout par le premier feu. Les dates exactes de ces premiers feux ne sont pas disponibles. Il reste, que grâce à des photos de cette époque, nous pouvons situer le premier feu entre les années 1904 et 1906. Quant au second, c'est très vague (4). L'histoire des familles Lajeunesse mentionne aussi un gros feu autour du lac en 1920. Par contre, les photos déjà citées, montrent, sans aucun doute, qu'en 1910, l'élément destructeur avait déjà fait son oeuvre et que les arbres noircis, debouts et morts, demeuraient très apparents. Il y a donc possibilité que le second feu fût en 1920. (5)
Ces incendies ont affecté considérablement l'industrie du bois qui était, à cette époque, la propriété de l'industriel Octave Villeneuve. (6) À ce point, je crois que vous êtes bien d'accord, nous avons parcouru un bon bout de chemin, c'est à dire de 1854 à 1900.
Il est temps d'entreprendre la période du tourisme; une industrie fondamentale pour la survie de Sainte-Marguerite et de sa région. En effet, c'est avec joie que les résidents virent arriver les premiers touristes au début de 1900. (7)
Ces derniers, peu nombreux, furent accueillis chaleureusement par la population locale. Les touristes furent, en plus, charmés par la beauté du paysage, des montagnes et du lad. Ils venaient de découvrir «LA PERLE DES LAURENTIDES». Pour accueillir les visiteurs, le village se transforma rapidement. De nouvelles maisons furent bâties et de nombreux chalets vinrent s'ajouter aux quelques-uns en place, sur la colline, cette magnifique petite montagne qui a vue sur la village et sur le lac. Beaucoup de maisons existantes se convertirent en «maisons de pension», et plus tard, d'autres vinrent grossir leur nombre.
Nous citons (9): la pension Desloges, à la gare. (10)
la pension Pierce,
la pension de Mme Félix Lacasse,
la pension Gauthier sur le chemin Masson
la pension Boissy sur la rue Sainte-Marguerite,
la pension Henri Gauthier au lac Charlebois, qui devint la Villa Bonne Entente,
la pension Villa des Pins de la famille Lecault la pension Va/more Gauthier
la pension Lévesque,
la pension Paitras (Summit Inn)
la pension Chaumont-Ferrier (1947-1951) à l'entrée du village la pension Fortunat Brisebois
la pension Henri Leroux.
Quant aux hôtels, qu'il me soit permis de mentionner :
l'hôtel Ernest Gauthier qui fut plus tard agrandi et rénové et prit le nom d'hôtel Belmont. le Château Quinté , devenu l'hôtel Bellevue, (11)
l'hôtel William Chartier et son bureau de poste sur la rue Masson, l'hôtel Chartier (Louis et Philippe) au lac Des Îles,
notre beau et grand Manoir de monsieur Dancoste, bâti près de la décharge du lac, et qui fut en opération pendant un trentaine d'années, avant de passer au feu en 1940,
l'hôtel du Sommet (Summit Inn), bâti au plus haut point de la colline, l'hôtel Mount Rose (Spier), qui devint la Villa Dorée,
l'hôtel Algonquin de Jean Gauthier sur la rue Sainte-Marguerite, la Villa Sunshine au lac Castor,
l'hôtel des 3 Coins de Jean Poudrier qui fut d'abord le magasin général de Maxime Legault,
le Chalet Idéal de M. Boony,
l'Acadia, et l'hôtel Spire dont la particularité était que ses propriétaires étaient juifs enfin, l'hôtel Émile Cochand, érigé face au lac Lucerne, sur la route de la gare.
sans oublier, bien qu'il ne soit pas dans le village de Sainte-Marguerite, le Country Club de Sainte-Marguerite-Station qui devint, après un incendie, le Alpine Inn et qui, après un autre incendie devait être reconstruit et agrandi.
Parmi les tout premiers touristes, au début des années 1900. il nous faut mentionner la famille Raoul Masson (Léon Masson), Je juge Poirier et sa famille (les Hurtubise), mon grand-père Eugène Poitevin, sa fille et sa famille (les Bruchési), la famille Rawdon, la famille Brisset-des-Nos, la famille Kelly, la famille du dentiste Bernier, la famille Ekman (Rose-Marie) etc11.
Ce qui est remarquable, de ces touristes qui ont habité, soit dans les hôtels, soit dans les maisons de pension, soit dans des chalets comme propriétaires ou locataires, fut leur fidélité à revenir, année après année. La qualité de vie de l'époque pour les touristes était exceptionnelle. Ce n'était pas un village où ils venaient mais un véritable parc : les lacs, les Îles et les forêts étaient ouverts à tout le monde. Pique-niquer, cueillir des bleuets et les fleurs et les fruits de fin d'été était permis partout.12
On peut enfin mentionner que Sainte-Marguerite fut aussi l'hôte de deux camps de jeunesse: le camp Olawan, sur le chemin menant à Entrelacs, et le camp de scouts qui exista longtemps dans la baie Dupuis13 et fut connu sous le nom de camp Lewis.
D'abord la colonisation s'était faite autour de l'église et du moulin à bois et à farine assurés par le fondateur monsieur Masson. Le magasin général passe de la famille Lajeunesse à la famille Jean-Euchariste Laviqne en 1922. Wilfrid Gauthier est le boucher. Roch Gauthier possède la quincaillerie, la station d'essence et une épicerie. Monsieur James McGuire est boulanger. Le forgeron Alex Avelin exerce encore son métier. Il y a un cordonnier Pierre Desjardins et un barbier, M. Riopelle. Finalement la banque Provinciale s'installe au village.
Comment raconter la vie des touristes de cette époque sans souligner l'arrivée de la famille Come/las. Ces derniers achètent la propriété de madame Félix, située du côté sud-est du pont du village. Ils construisent un petit restaurant au bord du lac sur leur propriété. L'établissement est petit, mais coquet, et connait une grande popularité dès ses débuts. Aussi, dès la deuxième année, le propriétaire en double la capacité tout en lui gardant son charme. La troisième année, il ajoute une piste de danse, avec musique sur disques. Enfin, les Come/las terminent leur installation en aménageant un débarcadère sur la plage. Voilà La Villa du Lac.
Si je vous ai donné tous ces détails, c'est que cette famille a doté les touristes d'un excellent point de rencontre, un coin sans prétention, pas dispendieux, mais où la gaieté et la joie de vivre régnaient. Au début des années 1920, Je village possède ainsi toutes les commodités et services connus à cette époque.
La vie de nos touristes de 1925 à 1935, nous y sommes enfin!
On parle alors d'une clientèle qui a augmenté depuis ses débuts. En effet, on évalue les touristes à plusieurs milliers en été et en hiver. Beaucoup d'entre eux sont très familiers avec nos montagnes, la vie de nos lacs et rivières. La raison est simple: ce sont, en majeure partie, des descendants des familles venues en 1900, 1910 et 1920. Ils se retrouvent dans le milieu qui leur est familier, et où ils ont grandi et vu grandir leurs voisins. C'est toujours avec joie qu'ils se retrouvent et partagent entre eux les nouvelles de tous et de chacun. Ils se reconnaissent plus ou moins mais font bon ménage. Les plus jeunes se font vite de nouveaux amis et amies.
Les adolescents et les adolescentes, au début d'un été nouveau, planifient les activités qu'ils désirent accomplir en se rappelant les succès des années précédentes. Les grisonnants se réjouissent en retrouvant leurs groupes et se félicitent mutuellement d'être en forme. Ici, à Sainte-Marguerite, on ne s'ennuie pas. En groupe, on organise toutes sortes d'expéditions, soit de pêche, soit de cueillette de bleuets ou encore de pique-niques, ou des excursions en forêt ou à des sites d'observation; on se retrouve ainsi au mont Vénus, au Rocher, au quai de la Gare, au Gibraltar.
Il y a, bien sûr tous les sports: tennis,14 natation, régates, courses de canots, de yachts, de bateaux à voile. Le soir, c'est avec plaisir que nous allions rencontrer nos amis, à la Villa du Lac ou à la salle de danse du Manoir, ou encore on se visitait entre voisins. Les activités, comme vous le voyez, ne manquaient pas, et ont toujours été une des raisons de la popularité de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson.
C'est au début des années 1930 qu'arrive à Sainte-Marguerite, le Baron Empain. Épris des beautés des Laurentides, ce millionnaire belge est à la recherche d'un endroit possédant un beau lac entouré d'immenses terrains montagneux et sauvages, en vue d'y établir un développement touristique. Sainte-Marguerite avec son lac Masson rencontre tous ces critères. Ceci l'encourage à poursuivre les enquêtes et les démarches qui lui permettront d'en devenir bientôt propriétaire.
En 1936, une route appelée chemin des Trembles, s'ouvrait entre le village et la Pointe Bleue. Cela permit au riche baron de construire l'hôtel de la Pointe Bleue, un hôtel moderne de très bon goût, qui a une vue superbe sur le lac. Ce premier édifice sera suivi par le premier centre commercial de toutes les Laurentides.
Cet édifice offre tout: magasins, salle de cinéma, superbe salle de danse (le Blue Room), un restaurant, etc. Il est situé (le Baron n'était pas superstitieux) sur les rives de la baie du Désespoir du lac Masson.
Enfin, le troisième projet du Baron Empain prend forme dans la Baie Dupuis du même lac. C'est au tour du Centre sportif à être bâti. Durant ces constructions, de jolis chalets de bois rond ont commencé à décorer certaines rives autour du lac. Ce centre gèrera toutes les activités sportives: tennis, équitation, sports aquatiques et plus tard, le golf8. Ce centre sportif deviendra une petite partie de l'hôtel Estérel actuel après un agrandissement majeur par les frères Simard.
Un désastre pour l'empire local du Baron Empain
En septembre 1939, le Canada déclare la guerre à l'Allemagne. Pour le grand visionnaire et entrepreneur qu'est la Baron Empain, c'est le désastre! La Belgique est occupée par l'Allemagne, et les biens de tous les étrangers qui se trouvaient dans les pays occupés par l'Axe sont mis sous séquestre. Le Baron ne fait pas exception, et se voit dépossédé en quelque sorte de ses terres et de ses biens au lac Masson.
Le grandiose projet est par le fait même suspendu et ne connaÎtra de suite qu'à la fin de la guerre, en 1945.
Pour moi aussi et pour plusieurs jeunes de ma génération, cette année 1939 signifie la fin d'une belle jeunesse, passée, été après été, sur les bords de notre grand lac. Les études et, par la suite, l'armée et finalement la participation à la guerre en Europe, auront mis fin à ces merveilleuses années où nous passions nos vacances entières à Sainte-Marguerite. Nous étions tellement chez nous que nous connaissions comme tous les résidents les «mousquetaires»: Champagne, Saint-Louis, Taillefer et Kelly, immanquablement réunis, à chaque été, sur la galerie de l'hôtel Belmont.
Yves Bruchési
Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson
Liste, incomplète bien sûr, des touristes des années 1920-193018
Beaulieu
Bédard
Bernier
Boissonneault
Boulva
Brassard
Brisset des Nos
Brou
Brousseau de la colline
Champagne
Clairoux
Contant (Alexis)
Courey
David (2 familles, dont celle de Paul)
De Montigny
Desaulniers
Desjardins
Dorval
Duchesnau
Duhamel
Dumas
Émery
Ferrier
Gagné
Gauvreau
Geoffrion
Girard
Huot
Juneau (lac Piché)
lnternoscia
Kelly
Lafontaine
Laframboise
Lagios (Louis)
Lapierre
La Rocque
Lavigne (J.-C.)
Lavoie
Lecours (François)
Lefebvre (aux Cascades)
Lespérance
Lussier
Manseau
Massue
Martineau
Matte
Mercier
Mesmer
Normandin
Orsali
Panet-Raymond
Papineau-Couture
Paquin
Parthenais
Payette-Poulos
Pratt
Pucet
Riddez (Jean, aux Cascades)
Saint-Jacques
Sainte-Marie
Salamis
Skaperdas
Soucy
Sperdacos
Tanguay
Tjelios (Nicolas)
Thériault
(1) LAJEUNESSE, Jean-Bergmans, o.m. i et Gaétan, prêtre. L'histoire des familles Lajeunesse et de Ste-Marguerite-du-Lac-Masson 1864-1989. 46 pages.
(2) Irène Malo, qui a été élevée à Sainte-Marguerite Station, a dit que son grand-père Huberdeau lui avait raconté que ce grand feu venait de Mont-Laurier. Il y avait eu, cette année-là, une grande sécheresse. Le train n'avait pas de pare-étincelles. Quelque charbon rouge aurait mis le feu le long de la voie ferrée. Le feu se serait répandu jusqu'à Sainte-Lucie, Sainte-Marguerite Station et le lac Masson comme une vraie trainée de poudre.
(3) Le grand père d'Irène Malo y avait perdu beaucoup de biens et n'avait réussi à sauver sa famille qu'en bandant les yeux de ses chevaux pour les faire passer à travers les flammes qui ravageaient sa terre située à cinq cents mètres de l'auberge de mademoiselle Lemaire.
Cette auberge serait par la suite achetée par les Cochand et allait se transformer pour devenir le Chalet Cochand. Mademoiselle Malo est certaine de la date car, sa mère née en 1902 avait deux ans lors de cette odyssée.
(4) À la rencontre de la Société d'histoire de Sainte-Marguerite, tenue au chic restaurant le Bistro à Champlain, André Tison pensait qu'il pourrait s'agir d'un feu qui dévasta Lanthier - Sainte-Lucie en 1903 ou du deuxième feu qui sévit là en 1907. Monsieur le docteur Lavigne fit remarquer que les feux de forêts se suivent souvent historiquement d'assez près, un second incendie venant finir de brûler les arbres morts et le chicots secs qui restaient du premier feu.
(5) Ou un troisième grand incendie dans ce quart de siècle?
(6) C'est la succession de cette famille qui, plus tard, vendit le tour du lac au Baron Empain.
(7) NOR : Il serait utile de documenter cet aspect déjà mentionné dans notre étude sur la population anglophone de Sainte-Agathe... Dans plusieurs endroits des Laurentides la réaction posmve à l'arrivée des touristes a tardé à venir et a dû, comme à Saint-Sauveur, être suscitée par les notables et surtout le curé de la paroisse.
(8) Parmi les touristes qui devait venir à une époque dont nous parlera monsieur Tjelios dans un autre article du présent Cahier, un bon nombre seront d'ascendance grecque. Ils trouvèrent ici un paysage qui leur rappelait la Macédoine. Quand la fille de la famille, petite fille des premiers touristes d'ascendance grecque à venir à Sainte-Marguerite, est allée en Macédoine pour la première fois, elle se serait aussi exclamée : «C'est comme à Sainte-Marguerite !».
(9) NOR : Lors de la même réunion, le docteur Lavigne, président de fa Société locale, a demandé à tous d'aider a documenter fa liste des maisons de pension et des hôtels. Vos remarques seraient donc bienvenues et nous ajouterons à notre documentation les noms et certains renseignements qui nous parviendront.
(10) (Notes de Mme Régine Desloges-Ouimet).: Monsieur Alcide Desloges est né le 21 mars 1888 de Jean-Baptiste Desloges et de Oémitilde Lauzon, il s'est marié à Léa Guénette le 15 avril 1915.
Son père, mon grand-père, était cordonnier de son métier à Saint-Joseph du Lac. Le Curé Labelle lui a obtenu une terre du gouvernement située sur le futur emplacement du grand domaine du Chalet Cochand. Mon père a acheté cette terre le 12 avril 1920. Grand- père était déjà parti à Mont-Laurier où il devait mourir en octobre 1928.
Mon père a été parmi les premiers qui ont fait du transport de passagers de la gare au lac Masson. Tout le monde pouvait gagner sa part car il y avait, certaines fins de semaine, jusqu'à trois et quatre mille personnes qui venaient par le train. Mon père a eu jusqu'à 12 chevaux en service en hiver et trois voitures durant l'été.
(11) Irène Malo, qui a été élevée à Sainte-Marguerite Station, se rappelle que le Château Quinty appartenait à Patrick Sheffers, époux de Marguerite Lajeunesse dont le père possédait le magasin général avant Jean Euchariste Lavigne. Patrick Sheffers était le cousin de sa grand-mère Huberdeau (Marie-Louise Perrier), qui demeurait sur le rang 6, près du lac Piché. Elle était la fille de Joseph-Nicolas Perrier et de Philomène Scheffers. Patrick Sheffers était le père de Mgr Lionel Scheffers. Irène raconte que les grands-parents Huberdeau, les soirs d'hiver, allaient souvent jouer aux cartes au Château Quincy, au lac Masson. Sa grand-mère amenait son bébé et le déposait sur le grand lit avec les autres bébés. Les bébés étaient habillés chaudement et enveloppés dans de grands châles de grosse laine tricotée, car la chambre était froide. Après la veillée, chacune ramassait son bébé et s'en allait chez soi. Rendus à la maison, à environ quatre milles, près du chalet Cochand, elle voulut allaiter le petit. Il ne voulait pas boire, surprise, elle le regarda avec plus de soin et s'aperçut que ce n'était pas le sien. «Va vite à l'écurie atteler les chevaux, ce n'est pas notre bébé.» Sur le chemin du retour vers le lac Masson, l'équipage a rencontré, environ à mi-chemin, les parents de l'autre bébé. Ils les échangèrent sans dire un mot, mais grand-mère se rappelait que grand-père n'était pas content! «C'est incroyable que tu ne reconnaisses pas ton enfant...» Ça a fait toute une histoire dont on parlé durant bien longtemps.
(12) Une liste des touristes des deuxième et troisième vagues, c'est-à-dire, de 1920 à 1939, est attachée à ce document et vous rappellera sûrement bien des noms familiers. Ces listes sont aussi ouvertes à vos remarques et à vos ajouts circonstanciés.
(13) Monsieur Bruchési a fait ici un aparté des plus intéressants quand il a exposé toute la liberté d'utilisation dont les touristes et la population du territoire jouissaient pour utiliser les berges et les anciens territoires de forêts qui appartenaient alors à la succession Villeneuve. Cela devait changer quand la propriété fut achetée par le Baron Empain. Quant à ce qui touche l'utilisation du bois et les droits de coupe, la situation de monsieur Masson, comme industriel et promoteur semble avoir été différente de celles des autres promoteurs des Pays-d'en-Haut. En ce sens qu'il semble avoir eu le privilège de coupe et d'utilisation sans restriction du bois de ses concessions et avoir même pu vendre ce droit ou le léguer. Cette situation qui était assez privilégiée, à une époque où le bois se vendait bien, mériterait d'être mise en lumière.
(14) Monsieur Bruchési avait apporté à la rencontre du premier octobre une ancienne carte de la région du lac Masson où on pouvait voir le nom de chacune des baies dont celui de la baie Poitevin qui était celle de sa famille.
(15) Il est remarquable que dans la petite municipalité on ait pu bénéficier d'établissement, de terrains et d'installations qui ont permis puis favorisé la pratique de tous ces sports...
(16) Ce golf allait être réalisé par les frères Simard au début de la mise en place de Ville d'Estérel.
LM-065-07




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