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L'Hôtel Belmont

À partir de notes colligées lors d'une rencontre conférence de la Société d'Histoire de Sainte-Marguerite et d'Estérel, le rédacteur est heureux de vous faire partager quelques trouvailles sur la vie de la région. Nous espérons vous transmettre en même temps un peu de l'enthousiasme et de l'amitié qui caractérisent ces rencontres. Les photos présentées viennent des archives de la société d'histoire de Sainte-Marguerite et de l'Estérel.


La vie de nos villages du Nord de Montréal s'est faite autour des hôtels de village autant que des églises et des magasins généraux. Les personnages colorés qui ont illustré nos cantons viennent souvent de ces couples besogneux et volubiles qui ont animé nos hôtels et nos maisons de pension. Ils étaient, avec les marchands généraux, les seules familles qui avaient assez d'argent comptant pour permettre à leurs enfants les études nécessaires ou les mises de fonds essentielles à leur établissement et qui avaient conservé assez de liens vitaux pour que leurs enfants reviennent servir leurs compatriotes.


Le premier hôtel Belmont, le magasin général Lajeunesse, la première église Courtoisie M. Richard Gauthier.
Le premier hôtel Belmont, le magasin général Lajeunesse, la première église Courtoisie M. Richard Gauthier.


Les plus illustres de ces pionniers sont les Grignon et leur carrefour animé de Saint­ Jérôme... mais chaque village a les siens. À part les quelques nobles et grands hommes politiques qui sont venus dans l'orée mystique de l'effort de sauvetage de notre peuple par la colonisation : les curés Coutu, Labelle et les autres, la noble famille Masson et le héros de tant de batailles politiques: le très honorable Augustin-Norbert Morin, les personnes influentes des villages venaient souvent des familles des hôteliers et des marchands généraux.


À Sainte-Marguerite, ces hôtels étaient nombreux et nous en avons relevé des dizaines dans un précédent numéro des Cahiers d'Histoire des Pays-d'en-Haut. Mais le 22 avril 1995, à sa première réunion du printemps, la Société d'Histoire de Sainte-Marguerite du Lac Masson et d'Estérel a fait revivre l'Hôtel Belmont, un des premiers hôtels qui se soit établi au centre de Sainte-Marguerite.


Avantage non négligeable, cet hôtel donne en même temps une vue magnifique du grand lac Masson. Situé près du lac, du côté nord de la décharge du lac Masson, sur le chemin Masson, on ne peut être plus au coeur du village et de l’ histoire de Sainte­-Marguerite.


C'est madame Françoise Gauthier, épouse de Gilles Gauthier qui lui, est décédé

depuis 1969, qui était l’invitée spéciale de cette rencontre. Qui eût pu être plus indiqué? La famille Gauthier a en effet tenu cet hôtel pendant plus de 65 ans.



Étaient également présents plusieurs témoins de cette période dont Yves Bruchési (sa plume alerte a déjà attiré l'attention de nos lecteurs) qui précise que Gilles Gauthier fut son meilleur ami; Lucille, Huguette et Roger Lavigne dont nos lecteurs se rappellent sans doute pour l’évocation bien sentie qu'ils nous ont offerte du magasin général de leur famille et qui sont des amis et des voisins des Gauthier depuis 1922; et Maurice Duhamel, un habitué de la place depuis 1935. C'est dire que le compte rendu de la rencontre bien qu’il ait séduit l’équipe de rédaction ne pourra rendre toute la chaleur et la nostalgie qui animait cette rencontre.


Les plus illustres de ces pionniers sont les Grignon et leur carrefour animé de Saint­ Jérôme... mais chaque village a les siens. À part les quelques nobles et grands hommes politiques qui sont venus dans l'orée mystique de l'effort de sauvetage de notre peuple par la colonisation : les curés Coutu, Labelle et les autres, la noble famille Masson et le héros de tant de batailles politiques: le très honorable Augustin-Norbert Morin, les personnes influentes des villages venaient souvent des familles des hôteliers et des marchands généraux.


À Sainte-Marguerite, ces hôtels étaient nombreux et nous en avons relevé des dizaines dans un précédent numéro des Cahiers d'Histoire des Pays-d'en-Haut. Mais le 22 avril 1995, à sa première réunion du printemps, la Société d'Histoire de Sainte-Marguerite du Lac Masson et d'Estérel a fait revivre l'Hôtel Belmont, un des premiers hôtels qui se soit établi au centre de Sainte-Marguerite.


Avantage non négligeable, cet hôtel donne en même temps une vue magnifique du grand lac Masson. Situé près du lac, du côté nord de la décharge du lac Masson, sur le chemin Masson, on ne peut être plus au coeur du village et de l'histoire de Sainte­ Marguerite.






Pont de la décharge du lac et son barrage. La carte postale précise que c'est là une vue de l'hôtel Belmont.
Pont de la décharge du lac et son barrage. La carte postale précise que c'est là une vue de l'hôtel Belmont.

Beaucoup de choses ont changé depuis cette époque lointaine où le rivage du lac était pratiquement vide d'habitations en face de l'hôtel Belmont. Une plage borde toujours la décharge du lac et une rue permet encore la circulation.


Sur le chemin Masson se retrouvaient deux établissements, I'Hôtel Belmont avec son annexe à l'arrière et le magasin de M. Jean­ Euchariste Lavigne, les deux étant séparés par un chemin privé pour la circulation locale. Ce chemin, pour conserver sa vocation de "chemin privé", devait être fermé une fois l'an, c'était le Vendredi Saint.


Pour les visiteurs du village actuel, ajoutons que l'Hôtel Belmont était situé à l'emplacement du stationnement municipal qui est adjacent au Bistro à Champlain qui, au centre de Sainte-Marguerite, a pris la relève (dans le même bâtiment) du magasin général des Lavigne.



Première école du village à l'endroit actuel du beau parc municipal, face à l'hôtel Belmont. Courtoisie de Jean-Marc et Annette Brisebois.
Première école du village à l'endroit actuel du beau parc municipal, face à l'hôtel Belmont. Courtoisie de Jean-Marc et Annette Brisebois.

En face de ces établissements a existé, à un certain moment, la première école du village et par la suite une salle paroissiale adjacente à l'actuel presbytère.


C’est à l'emplacement du très beau parc municipal actuel qu'a existé une grande glissade glacée pour les traîneaux et les traînes sauvages qui permettait d'aller loin sur le lac et constituait un divertissement familial très apprécié.


Nos lecteurs se rappelleront que nous avons consacré à Joseph-Honorius Beauchamp, l'homme d'affaires coloré et omniprésent de Sainte-Adèle, un numéro presque complet de nos Cahiers. C'est le père de l'invitée d'aujourd'hui, Françoise Beauchamp­ Gauthier.


Elle est née le 11 juillet 1916 à Sainte-Adèle. Suite cependant à la mort prématurée de sa mère, Marie­-Ange Racette, elle fut élevée, pendant trois ans (de 1920 à 1923) par sa grand-mère, madame Charles Recette, née Émée Legault, qui demeurait à Sainte­ Marguerite au coin nord-est du chemin Masson et de la côte à Kelly. Notre invitée se rappelle du grand jardin de la glacière, de la vache, des poules et surtout du bonheur qu'elle a retrouvé à Sainte­-Marguerite, où elle ne s'est jamais ennuyée.

Toute la propagande touristique du temps voulait surtout insister sur la tranquillité de la nature sauvage. Photo: la baie Poitevin. Courtoisie de M. Yves Bruchési.
Toute la propagande touristique du temps voulait surtout insister sur la tranquillité de la nature sauvage. Photo: la baie Poitevin. Courtoisie de M. Yves Bruchési.


La gare inaugurée en 1887 a garanti l'expansion économique de la région. Courtoisie de Richard Gauthier.
La gare inaugurée en 1887 a garanti l'expansion économique de la région. Courtoisie de Richard Gauthier.


De retour à Sainte-Adèle, elle gardera des liens avec son village d' adoption. Adolescente elle empruntait, au coût de 10 cents, la gare de Sainte-Adèle (qui était à Mont-Rolland) pour rejoindre celle de Sainte-Marguerite (qui était à Sainte-Adèle) pour se joindre aux adeptes du ski à Sainte-Marguerite Station. Après la messe à la chapelle Saint-Bernard, tous se lançaient sur les pistes de ski de fond ou sur les pentes de ski, vers le Mont Baldy avec Johanson et sa fille, avec les Wurtules et combien d'autres qui montaient pour la journée par le petit train du Nord ou majoritairement venus par le même moyen, demeuraient sur place soit dans des familles, soit au Sainte-Marguerite Lodge sur le haut de la butte, à l'hôtel Alpine Lodge, au bas de la côte ou encore à la pension Desloges. 16



Simone et Régine Desloges devant la Ford 1924 d'Alcide Desloges.
Simone et Régine Desloges devant la Ford 1924 d'Alcide Desloges.

Madame Gauthier a reçu une formation d'infirmière à l'Hôpital Notre-Dame où elle gradua en 1945, à 29 ans.


Dès sa graduation, elle fut en mesure de prendre des responsabilités dans cet hôpital pendant quelques mois. Bientôt cependant, le docteur Guy Prévost l’attirera à Mon-­ Tremblant pour prendre soin des blessés de ski. Elle fut la deuxième infirmière à assumer cette tâche.


16 La collection des archives contenait une belle photo de la pension Desloges. Je me suis pourtant décidé à vous présenter les deux très jeunes demoiselles Desloges, Régine 7 ans et Simone 8 ans avec en arrière plan la magnifique FORD 1924 d'Alcide Desloges.



Mais l'amour attendait la savante travailleuse médicale: elle épousa Gilles Gauthier le 7 novembre 1946. Ils eurent trois enfants : Louise, née le 23 mars 1948, Carl, né le 13 janvier 1951 et Yvon, né le 23 janvier 1953. Tous sont nés à son Alma Mater, l'hôpital Notre-Dame. Madame Gauthier se rappelle que le trajet était long pour s'y rendre surtout la fois où leur véhicule avait souffert d'une inopportune crevaison. C’est avec une émotion certaine que notre invitée rappelle que Louise devait décéder d'une hépatite fulgurante, un Vendredi Saint, alors qu'elle n'avait que 23 ans.


Gilles Gauthier, quant à lui, était né le 9 février 1918. Il était le fils aîné de Ernest Gauthier (1885-1943) lui-même fils de Polydore Gauthier, propriétaire de la pension Gauthier au lac Charlebois. Polydore était quant à lui, le fils de Jean-Baptiste Gauthier, qui s'était installé au rang 9, parmi les tout premiers à s'installer dans le nouveau territoire.


Polydore avait donc acquis une terre adjacente au lac Charlebois. Conscient des possibilités touristiques de la région, il y construisit en bordure du lac, la Pension Gauthier qui fut une des premières de la région à recevoir systématiquement des touristes dont certains touristes américains. Il allait les chercher en charrette à Saint-Jérôme jusqu'à ce que le curé Labelle, devenu sous-ministre, obtienne son petit train du nord. Cette pension ouvrait tous les lacs du nord et nous avons pu voir la photo de Polydore Gauthier et d'un dénommé Balthazar lors d'une pêche vraiment miraculeuse d’énormes poissons pêchés au lac Ouareau à Saint-Donat.



L'hôtel Belmont selon une vieille carte postale...
L'hôtel Belmont selon une vieille carte postale...

Mais monsieur Polydore Gauthier ne voulait pas manquer les avantages du commerce au centre du village. Il acheta donc de monsieur Forget, propriétaire d'un moulin à scie sur la décharge du lac Masson un assez vaste terrain où il construisit une nouvelle pension. La série des titres montre que ce terrain a appartenu antérieurement à monsieur Hurtubise et M. Michel Masson et que la famille Rolland y avait eu des droits sur le barrage de la décharge du lac.


La maison comprenait 4 ou 5 chambres, une salle à manger et une cuisine. L’établissement qui allait devenir, après avoir connu des agrandissements, l'hôtel Belmont porta donc le nom de Pension Gauthier, puis celui d'hôtel Gauthier avant de prendre son nom vers 1910. C'était sept ans après que le fils Gauthier, Ernest, avait assumé la responsabilité de l'établissement parce que ses études avaient été abruptement interrompues par l'incendie qui avait détruit le collège d'Ottawa où il étudiait.


Ernest Gauthier devait épouser Marie-Louise Lamoureux, fille d'Adrien Lang et de Sophie Martel. Madame Gauthier était une femme exceptionnelle selon Huguette Lavigne. Elle était imbattable pour faire fonctionner l'hôtel de A à Z, était une cuisinière émérite et n'avait pas peur de recevoir de gros groupes.



Près de l'hôtel, le moulin à scie (Marina Comellas plus tard).. Le château de Quinté  en haut, à gauche. Courtoisie Jean-Marc et Annette Brisebois.
Près de l'hôtel, le moulin à scie (Marina Comellas plus tard).. Le château de Quinté en haut, à gauche. Courtoisie Jean-Marc et Annette Brisebois.

Elle aimait fêter les anniversaires des enfants et Huguette Lavigne se rappelle plusieurs souvenirs et possède plusieurs photos de ses événements. Notre invitée, quant à elle, corrobore tous ces dires et déclare que c’était une belle-mère en or.


Cet hôtel très bien tenu appliquait un couvre-feu strict à 23.00 heures dont la propriétaire assurait personnellement le respect. Une annexe de deux étages avait été construite pour loger les voyageurs à prix modique. Seuls les hommes pouvaient y loger, les familles logeaient dans le bâtiment principal.


Gilles, fils aîné de la famille Gauthier, qui avait épousé Françoise Beauchamp. notre invitée d'aujourd'hui, acheta l'hôtel Belmont de son père en 1948. Les vingt années de leur administration furent plus tranquilles que les années de guerre et des grandes coupes de bois. L'hôtel était maintenant un bel édifice de quatre étages, monté d'une petite tour sur le toit en façade, au centre. Il avait belle allure avec la grande galerie qui l'entourait. Il possédait 40 chambres, une grande salle à manger, un salon, un grand lobby ainsi qu'un cocktail-lounge où souvent des musiciens s'exécutaient autour d'un piano droit. Le chef Félix, cuisinier martiniquais, cherchait toujours du rhum pour cuire ses mets favoris.


À l'arrière, la Buvette qui était la partie taverne accueillait les gens qui pouvaient entrer sur le côté, par la petite rue privée qui ne se fermait que les Vendredis Saints... L'Annexe, quant à elle, comptait vingt chambres et une salle de danse au rez-de-chaussée.


Sourires au coin des lèvres, savourant des souvenirs avec une joie évidente mais qu'ils n’étaient pas prêts à partager... Peut-être nous reviendront-ils dans un prochain numéro avec quelque épisode plus croustillant...


Les pensionnaires étaient en hiver des commis-voyageurs comme le monsieur Beaudry dont on nous a parlé en nous faisant revivre la vie du marchand général de Sainte-Marguerite, des inspecteurs du gouvernement et surtout des convalescents venus de l'hôpital Notre-Dame. Comme infirmière, la patronne pouvait suivre les traitements, donner les doses d'insuline aux diabétiques, faire certains pansements, assister le médecin.


En été, c'était la vraie saison du tourisme. Certains passaient l'été complet à l'hôtel et monsieur Frédérick Brière les amenait de la gare avec leurs grosses valises comme celles des collégiens. Il en venait de partout, même des États-Unis du Connecticut en particulier.



Une photo de 1948, courtoisie de Richard Gauthier. L'hôtel Bellevue dans son environnement.
Une photo de 1948, courtoisie de Richard Gauthier. L'hôtel Bellevue dans son environnement.

L'hôtel Belmont a aussi connu les assemblées politiques contradictoires, ces témoins d'une époque où les candidats opposés s'affrontaient en public au grand divertissement de la population et où paraît-il, on brassait des idées. Maurice David, Maurice Duplessis, le sénateur Prévost, Lionel Bertrand y ont excellé.


L'hôtel Belmont n'était pas le seul à Sainte-Marguerite. Nous avons déjà donné une liste des nombreux établissements de ce petit village touristique. Ce soir certains se rappelaient le Manoir Sainte-Marguerite, plus dispendieux, très chic avec son grand orchestre, et où les gens logeaient moins longtemps.


Le tourisme a suscité de beaux établissements . Ici l'hôtel Bellevue. Courtoisie M. Yves Bruchési.
Le tourisme a suscité de beaux établissements . Ici l'hôtel Bellevue. Courtoisie M. Yves Bruchési.

Mais l'hôtel Belmont était si bien situé... Il donnait ainsi raison au fondateur, Polydore Gauthier qui avait choisi son emplacement aussitôt que le centre du village se fût fixé près de l'ancien «stock room» de monsieur Masson...


L'établissement a eu une longue et fructueuse carrière... Gilles Gauthier vendit l'hôtel en 1968, environ un an avant de mourir, à un monsieur Bigras, fermier de Sainte-Scholastique, qui voulait y installer son fils. Ce ne fut pas un succès.


Un anglophone, associé au Canadien Pacifique, lui succéda rapidement. Lui et son épouse avaient de grandes ambitions. Ils voulaient acheter tout le carré y compris le magasin général de monsieur Lavigne, tout démolir et reconstruire un grand établissement. Comme les Lavigne ne voulaient pas vendre, monsieur Kerr fut très déçu et les traita même de frogs, ce qui n'était pas fait pour amadouer les gens du milieu. Les Kerr devaient d'ailleurs décéder peu de temps après, l'hôtel dû être abandonné ainsi que tout le projet.


Abandonné donc, placardé, taxes impayées, victime de vandalisme, le vieux bâtiment termina son périple par un incendie qui le détruisit le 14 juillet 1976.


LM-067-18

 
 
 

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