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Autour des cent cinquante ans de Sainte-AdèleSecond volet

  • 11 déc. 2025
  • 6 min de lecture

L'Hommage à nos pionniers, de Lucien Galipeault, à l'occasion du 150e anniversaire de Saint-Sauveur, met en évidence le caractère spécifique de la naissance de cette paroisse. L'auteur précise que nous sommes dans la partie nord de l'augmentation de la seigneurie des Mille-Isles. Il souligne pertinemment que ce développement de la paroisse de Saint-Sauveur se fait selon les exigences prescrites par le régime seigneurial. Lucien Galipeault apporte tout au long de son ouvrage les équivalences entre les nomenclatures du cadastre seigneurial et celles du plan cadastral municipal qui a dû s'appliquer à Saint-Sauveur après ces vestiges du Régime français.


Pierre Grignon
Pierre Grignon

La naissance de Sainte-Adèle est d'un tout autre ordre. Toujours sous l'au­torité absolue de l'Église qui ouvrait des missions de colonisation, les townships, donc les cantons du nouveau régime britannique, allaient se dessiner par les paroisses, qui allaient se faire et se défaire au gré de bien des vents. Ceux et celles qui ont déchiré leurs chemises sur la place publique au nom de la démocratie bafouée et du caractère à leurs yeux intouchables de leur ville démocratique fondé démocratiquement seront surpris, très surpris, d'apprendre que la création des enti­tés municipales, et leurs multiples transformations, ont rarement, sinon jamais, été précédées de référendums.


Sainte-Adèle, dont la forme actuelle date de 1997, a fait preuve, pendant un siècle et demi, d'une élasticité et d'un sens de l'adaptation peu communs. On a vu que Sainte-Agathe est née d'une portion du territoire de Sainte-Adèle. En 1862, Val-David, issu de la partie nord de la paroisse de Sainte-Adèle, se fusionne à la nouvelle municipalité de paroisse de Sainte-Agathe.


En 1918, rien de moins qu'un coup d'État a amputé Sainte-Adèle de près du quart de son territoire, pour donner naissance à un villa9e de compa9nie sous le nom de Mont-Rolland.

En 1918, rien de moins qu'un coup d'État a amputé Sainte-Adèle de près du quart de son territoire, pour donner naissance à un village de compagnie sous le nom de Mont-Rolland.  No­tons pour l'instant l'année de ce démembrement. Nous y reviendrons.


L'année 1922 verra deux autres changements importants, quoique plus civilisés que celui de 1918. C'est en 1922 que Val-Morin obtiendra son statut de municipalité de paroisse en se déta­chant de Sainte-Adèle.


Cette même année, nous assistons à la création du Village de Sainte-Adèle, distinct de la Paroisse. Le cas n'était pas isolé. Ces villages, créés à même les paroisses existantes, étaient beaucoup plus petits que ces dernières, à vocation plutôt rurale ou forestière. Le village devait assurer certains services de première nécessité sur le plan communau­taire et représentait une forme de périmètre d'urbanisme avant la lettre.


En 1948, une autre tentative de démembrement : Thomson, propriétaire du Chantecler, demande à Québec de créer « the Village of Chantecler », municipalité anglophone distincte du Village de Sainte-Adèle. Claude-Henri Grignon gagnera cette bataille à titre de maire du Village, préservant ainsi le cachet unique et l'identité de cette partie magnifique de Sainte-Adèle.


Toujours dans l'optique de mieux comprendre d'où vient notre Sainte-Adèle, on doit souligner la création de la municipalité de Mont­ Gabriel, une ville de neuf habitants, votant tous pour Maurice Duplessis, comme le propriétaire O'Connel. L'intérêt de cette aberration tient au fait que Ville de Mont-Gabriel sera annexée à Mont-Rolland, qui à son tour, et par choix, reviendra dans Sainte-Adèle en 1997.


La fusion du Village et de la Paroisse pourrait être qualifiée d'avant-gardiste. Les deux Sainte-Adèle ont formé une seule ville dès 1964. Le maire de la nou­ velle ville, Lionel Patry, fait figure de précurseur dans cette première mouvance des fusions municipales.


Le coup d'État de 1918

Sainte-Adèle existait depuis un demi-siècle lorsque Jean Rolland arriva à Sainte-Adèle, (la répétition s'impose), le jeudi 13 juin 1902Son père lui avait donné comme mission de surveiller les travaux de la nouvelle usine, sur l'emplacement merveilleux des Moulins du Nord, sur la rivière du même nomLes Rolland constituaient déjà une famille puissante et respectéeLe monde de la librairie, celui de l'édition de livres religieux, puis ce­ lui de l'imprimerie, les ont portés de succès en succès. Stanislas-Jean-Baptiste Rol­ land fut même propriétaire du prestigieux journal la MinervePrésidence de la Société Saint-Jean-Baptiste, échevinage à Montréal, titre de sénateur viennent confirmer le statut de cette grande famille.


Le papier représentait une composante de premier plan de leurs activités d'édi­tion et d'impression. L'u­ sine de papier de Saint-Jérôme ouvre en 1882. Antoine Labelle a réussi un coup de maître. Son chemin de fer des Cantons du Nord porte ses fruits. La Rolland fait de l'excellent papier, gagnant même le Grand Prix de l'Exposition Universelle de Paris en 1900. Une médaille d'or avait précédé en 1889.


Vers un village de compagnie

Quelques dates importantes Le train entre en gare à Sainte-Adèle en 1891, quelques mois après la mort du curé LabelleLes citoyens de Sainte-Adèle ont fait de gros sacrifices financiers, guidés en cela par leur maire, le docteur Wilfrid Grignon. C'est ce même docteur Grignon qui sera maire de Sainte-Adèle quand, dix ans plus tard, les Rolland répondront à son invitation et viendront inspecter le pouvoir hydrauli­que exceptionnel de Sainte­ Adèle.


Dans son rapport de recherche de 1994 candide­ ment intitulé Mont-Rolland un village de compagnie, Diane Paquin remonte le temps dans les archives des Rolland. Elle cite le président de la banque d'Hoche­laga, qui accompagnait S.J.B. Rolland à Sainte-Adèle. Devant la ressource hydraulique remarquable de la rivière du Nord à cet endroit, le banquier recom­mande de garder cette affaire en famille, plutôt que d'é­mettre des actions au nom de la nouvelle compagnie.


1891
1891

Et ce sera très bien gardé en famille.


Pour l'accueillir, Sainte-Adèle consent à la Rolland une exemption de taxes de 25 ans. Un quart de siècle ! Le train est là depuis plus de dix ans déjà. Il y a d'ail­ leurs quelques gares sur le grand territoire de Sainte­ Adèle. Les gens avaient consenti des efforts énormes, des énergies considérablesL'arrivée de la Rol­land à Sainte-Adèle est porteuse d'espoir et un signe de développement écono­mique, même si on sait que la Rolland ne paiera pas de taxes pendant vingt-cinq ans.


Le train entre en Bare à Sainte-Adèle en 1891, quelques mois après la mort du curé Labelle.

Un maire un peu spécial

Jean Rolland est directeur de l'usine de Sainte-Adèle quand sort la première feuille de papier, le 31 juillet 1904.


Le docteur Wilfrid Grignon meurt en 1915, laissant une œuvre colossale, à tous les points de vue.


Jean Rolland devient maire de Sainte-Adèle en 1916.


Deux ans plus tard, Mont­ Rolland est créé.


Quatre         membres         du Conseil            de                               Sainte-Adèle étaient issus de ce qui de­ vient alors Mont-Rolland. Le maire de Sainte-Adèle est bien Jean Rolland, de la fa­ mille et de la compagnie Rolland. L'Église bénit tout ça depuis l'évêché à Mon­ tréal. Elle trace d'autorité un immense rectangle qui ira même jusqu'au futur Sommet Bleu.Tout passe: la gare principale, la rivière du Nord en sa partie la plus rentable, la rivière Doncas­ ter, de nombreux lacs, le tout assorti d'un droit de regard absolu sur ce qui se passera sur ce territoire tant

que la Rolland y sera.

Jean Rolland perd sa quali­ té de maire de Sainte-Adèle, puisqu'il réside dans ce qui est devenu Mont-Rolland. Le Conseil municipal de Sainte-Adèle n'a plus quo­ rum, la majorité des élus qui ont procédé au démembre­ ment de Sainte-Adèle à titre d'élus de Sainte-Adèle étant désormais à Mont-Rolland.

L'exemption de taxe consentie par Sainte-Adèle est bien sûr confirmée par le nouveau village de la com­ pagnie. La Rolland ne paie­

ra  pas de  taxes à Mont­

Rolland pour la partie res­ tante de la dispense de vingt-cinq ans déjà consentie par Sainte-Adèle.

On dirait :  « Le gâteau


plus l'argent du gâteau ... ».


Le village de compagnie représente l'apothéose de certains industriels. La por­ tée d'un tel pouvoir sur une communauté est inestima­ ble. Le patron contrôle les élus, déjà au service de la compagnie. Le premier maire deMont-Rolland était le premier comptable de la compagnie. À deux excep­ tions près, Avila Desjardins et Gilles Legault, tous les maires de ce village ont été des cadres de la compagnie. Le secrétaire trésorier du Village était le plus souvent le comptable de la compa­ gnie.


Le pouvoir, le vrai

La réglementation munici­pale, la taxation, l'organisa­ tion territoriale, les mesures environnementales, l'urba­nisme, les services muma­ paux, les chemins et les ponts, la vie communau­ taire, les relations avec les municipalités voisines, les contraventions  à  émettre, l'exercice de la Justice, les droits des citoyens, etc., tout devient à sens unique dans un village de compa­gnie.


Le contrôle que la Rolland s'était arrogé sur la rivière du Nord, sur ses rives, donc sur tout développement industriel concurrent éven­tuel qui l'aurait menacée sur l'ensemble de son territoire était total. Contrôle de la main-d'œuvre, donc des familles, et de bien d'autres choses connues ou restées secrètes.  « Gérer tout le monde, pas juste à l'usine », me dit une dame qui ajoute : «Il fallait marcher comme eux autres.»


La part des choses

Jean Rolland aura peut­ être été, de tous les maires en exercice au Québec, ce­ lui qui se serait placé de la façon la plus concrète en situation de conflit d'inté­rêts.


Les honnêtes citoyens de Mont-Rolland n'ont à rougir ni d'eux-mêmes ni de leurs pères. Ces femmes et ces hommes ont donné par leur labeur énormément à une compagnie. Ils leur a d'ail­ leurs fallu survivre à la com­pagnie, fermée en 1990.


Au milieu des années 1990, la clairvoyance du maire Michel Lamoureux lui laissait deviner toutes les charges nouvelles que la réforme municipale amor­cée par le ministre Ryan allait imposer à Mont­ Rolland. Le maire Lamoureux a vu juste en abordant la question d'une fusion avec Sainte-Adèle. Il en fallait du courage dans ce contexte délicat d'un village de compagnie... sans com­pagnie. L'adversité s'est manifestée chez certains à Mont-Rolland, mais une sagesse séculaire l'a empor­té.  Les deux communautés aux mêmes racines ances­trales ont reformé une ville nouvelle  de Sainte-Adèle.



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