Augustin Norbert Morin (1803-1865) Fondateur de Sainte-Adèle
- Mélanie Tremblay
- 24 nov. 2025
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INTRODUCTION
Le lundi 21 juin 1982, M. Augustin-Norbert Morin, de Sainte-Agathe-des-Monts, m'accordait une entrevue au cours de laquelle il fut longuement question d'AUGUSTIN-NORBERT MORIN, le fondateur de Sainte-Adèle, comté de Terrebonne.
M. A.-N. Morin, mon interlocuteur, est né le 1er juillet 1913, à Sainte-Agathe-des-Monts. Il est le fils de Joseph Morin et de Donalda Pomminville, et l'arrière-petit-neveu d'Augustin-Norbert Morin qui a tant contribué au développement de cette région des Laurentides aujourd'hui appelée LES PAYS-D'EN-HAUT.
M. Morin, marié à Andrée Lafleur, de Saint-Jovite, habite toujours Sainte-Agathe-des-Monts. Il a été à l'emploi de SHELL CANADA LTD pendant vingt-six ans. Pendant la Seconde Guerre mondiale (1939-45), il sert dans l'aviation canadienne avec deux de ses frères. Aujourd'hui retraité, M. Morin, officier de la Légion Canadienne, s'occupe des anciens combattants, par le biais du LAST POST FUND.
Travailleur infatigable, M. Morin s'intéresse depuis quinze ans à la généalogie des Morin, au Canada, particulièrement au Québec. La mini-biographie qui suit s'inspire du document que m'a confié M. Morin, le 21 juin 1982.
Cyprien Lacasse
1 Un article qui paraîtra en décembre 1982, dans le Cahier N° 16 de la Société d'histoire des Pays-d'en-Haut, mettra en évidence le rôle qu'à joué A.-N. Morin dans l'établissement de ce petit village laurentien devenu VILLE SAINTE-ADÈLE.

L'HONORABLE AUGUSTIN-NORBERT MORIN (1803-1865)
Arrêtons-nous avec respect devant une de ces vies illustres que l’histoire devait écrire en lettres d’or et qui forment comme des oasis où le cœur et l’esprit aiment à se rafraîchir. Lorsqu’on examine de près tous ces astres brillants qui illuminent et glorifient l’humanité, on y voit toujours avec peine et tristesse quelques taches qui en ternit l’éclat et la splendeur; on est constamment partagé entre l’admiration et le désenchantement, à la vue de tant de grandeur et de faiblesse réunies dans l’homme. Mais ici, tout est pur et brillant; tout est digne. Si la véritable grandeur réside dans l’alliance de la vertu et du talent, dans l’amour et la pratique du bien, nul parmi nous ne fut plus grand que l’honorable Augustin-Norbert Morin.
QUI ÉTAIT CE GRAND CANADIEN, CE GRAND HOMME POLITIQUE DU SIÈCLE DERNIER?
Augustin-Norbert Morin naquit le 13 octobre 1803 à Saint-Michel de Bellechasse. De l’extrait de baptême de la paroisse, on peut lire ce qui suit: Le treize octobre mil huit cent trois, ayant été ondoyé à la maison, Augustin, né ce jour, du légitime mariage d’Augustin Morin, cultivateur et de Marie-Anne Cottin, dit Dugal, de cette paroisse. Le parrain a été M. Augustin Morin et la marraine, Madeleine Bernard, qui n’ont pu signer. Le père absent.
Deguise, ptre
(2) La Société canadienne-française au XIXe siècles: Essais sur le milieu, Gérard Parizeau, de la Société Royale du Canada. Éditions FIDES, 245 est, boulevard Dorchester, Montréal. Augustin, note l'auteur, est communément appelé Augustin-Norbert. Si on lui donne ce double prénom, c’est pour le distinguer de son père, né en 1780 et de son grand-père qui vint au monde également à Saint-Michel de Bellechasse en 1753, tous deux prénommés Augustin.
ENFANCE D'AUGUSTIN-NORBERT MORIN
Il avait six frères et quatre sœurs. L’abbé McGuire, ancien vicaire de Mgr Plessis et curé à Saint-Michel, fit entrer le jeune Morin au séminaire de Québec. Son cours (1813-1822) fut brillant; ses condisciples et ses professeurs reconnaissaient en lui l’étoffe d’un savant et d’un patriote. Propre à tout, plein d’aptitudes pour les lettres, la philosophie et les sciences abstraites, on savait ce qu’on devait le plus admirer de ses talents ou de ses vertus. Le travail intellectuel était pour lui une passion. Il apprit l’hébreu, la nuit, à la lueur d’une lampe. Il fit sa rhétorique en même temps qu’Étienne Parent, qui d’ailleurs était l’un de ses meilleurs amis.
(L.-O. David)
Tout en suivant son cours au séminaire de Québec, le jeune étudiant participait certainement à la rédaction du journal LE CANADIEN, puisqu’en 1822 Étienne Parent acceptait de remplacer son condisciple et ami Augustin-Norbert Morin, à la rédaction du journal LE CANADIEN.
UNE CHANSON ... UNE EXPULSION
Loin celui qui de tristesse
Empoisonne ses instants
Qui, dans ce jour d’allégresse,
Pleure la fuite des ans.
Dans cette heureuse journée
Oublions tous nos malheurs;
Le premier jour de l'année
Ne fut pas fait pour des pleurs.
Que, dans le sein des familles,
Les coeurs soient toujours unis;
Que jamais, pour des vétilles,
On ne devienne ennemi.
Au jeune homme, la prudence,
À tout vieillard, la gaieté;
À l'assassin, la potence,
Au malade, la santé.
Voilà ma tâche remplie;
Il ne me reste qu’un voeu:
J’aime une fille jolie,
Vous le devinez un peu.
De tout coeur, je souhaite,
Pour terminer ma chanson
Un époux à la fillette,
Une compagne au garçon.
Après avoir chanté le dernier couplet, Augustin-Norbert Morin avait coutume d’ajouter en riant: Ce dernier couplet était de trop, car il me valut une expulsion temporaire du séminaire.
LE JEUNE AUGUSTIN-NORBERT MORIN ET LA LANGUE FRANÇAISE
Plutôt timide, réservé, A.-N. Morin se cabrait quand il s’agissait de défendre un principe ou bien de remplir un devoir ( Béchard.
Le juge Bowen ayant décidé que les cours de justice ne rencontreraient que les Brefs écrits en anglais, le jeune Morin, qui n’était encore qu’étudiant, lui écrivit sous forme de brochure, une lettre énergique pour revendiquer les droits de la langue française devant les tribunaux du Bas-Canada (le Québec). Cette lettre eut un très grand retentissement. Le hasard voulut que, plus tard, le jeune clerc-avocat de 1825 siégeât sur le premier banc du pays, à côté de celui à qui il avait avait adressé de sévères remontrances.
Reçu avocat en 1828, à l’âge de 25 ans, A.-N. Morin s’impliqua avec grand succès dans bien des domaines: droit romain et droit moderne, théologie et droit ecclésiastique, science, agriculture, instruction publique, poésie, finances, statistiques, langues anciennes et modernes, etc.
En 1826, c’était la lutte entre l'oligarchie anglaise et le patriotisme canadien-français. Papineau était le demi-dieu de la population. Ses accents enflammés trouvaient en puissant écho dans l’âme impressionnable de la jeunesse du temps, dont A.-N. Morin était l’un des représentants les plus remarquables. En cette année 1826, Duvernay et Viger fondèrent le journal LA MINERVE dont ils confièrent la rédaction à A.-N. Morin . LA MINERVE était un journal de combat qui traitait de tout ce qui pouvait intéresser ou plaire : la politique du pays, les intérêts des Canadiens, les débats de la Chambre d’Assemblée, l’histoire du pays, l’agriculture, la littérature, etc. Pendant les troubles de 1837-38, LA MINERVE ne parut pas, mais elle reprit en 1842.
L'HOMME POLITIQUE
Deux ans après avoir été reçu avocat, âgé seulement de 27 ans, le jeune A.-N. Morin fut élu à la chambre de l’Assemblée comme député du comté de Bellechasse. La lutte était alors acharnée; l’horizon politique était chargé et s’assombrissait de plus en plus. Le jeune député se jeta en plein dans la mêlée et combattit vaillamment, par la plume et la parole, les ennemis de son pays et les abus du pouvoir. (L.-O. David)
LES TROUBLES POLITIQUES
A.-N. Morin n’avait pas le caractère et le talent qui soulèvent les foules; il paraissait fait pour porter la croix plutôt que l’épée. Au cours de la session de 1836, le député de Bellechasse appuya de ses votes et de ses discours le grand tribun qu’était Louis-Joseph Papineau. Mais tout ce qui était approuvé par l'Assemblée dont faisaient partie Papineau, Lafontaine, Taschereau, Drolet, Rodier et Berthelot, était rejeté par le conseil exécutif dont on qualifiait les membres de vieillards malfaisants.
L’agitation grandissait; des mandats d’arrestation étaient lancés contre les chefs dont vingt-six furent accusés de haute trahison. A.-N. Morin alla se réfugier dans une cabane à sucre en arrière de la paroisse Saint-François. Lorsqu’il apprit que sa tête était mise à prix, il se rendit, la nuit, chez son père. Celui-ci, brave homme incapable de transiger avec sa conscience, ne voulut pas recevoir son fils qu’il avait élevé dans le principe de la plus stricte obéissance à l’autorité. Et pourtant, M. Morin, père aimait, du bel amour paternel son fils augustin-Norbert. Maintes et maintes fois, augustin-Norbert- Morin dut changer de cachettes: Le Dr E.-P. Taché le fit venir chez lui et le cacha dans les bois, lui fournissant même un homme comme compagnon et serviteur; Louis, frère d’Augustin-Norbert, l’abrita pendant quelque temps; plus tard, le notaire Morin, de Saint-François, le garda chez lui.
Après avoir entendu dire que Colborne (le Vieux Brûlot) était à la veille de partir, A,-N, Morin revint clandestinement dans la ville de Québec. À l’instant où le navire quittait la rade, Augustin-Norbert Morin, de dire à ses amis: Il part, et moi, je reviens.
On avait accusé A.-N. Morin de haute trahison. Peut-on supposer que ses ennemis l’eussent laisser tranquille s’il y avait eu la moindre possibilité de le faire condamner? Des personnes dignes de foi assurent que le mandat en vertu duquel A.-N. Morin devait être arrêté, ne reposait que sur une plainte portée par le gouverneur lui-même, qui s’abaissa jusqu’à jouer le rôle de délateur.
Les évènements de 1837-38 vinrent donner le coup de grâce à l’Acte Constitutionnel de 1791. Le 23 juillet 1840, une nouvelle Constitution connue sous le nom d’Acte d’Union était votée par le parlement britannique en vigueur pour les deux Canadas, le 10 février 1841.
Dans la biographie d’Augustin-Norbert-Morin écrite par L.-O. David, on peut lire : Augustin-Norbert Morin entra dans le parlement uni en 1840, comme représentant du comté de Nicolet. Dans le nouveau système de DEUX CANADAS UNIS, il fut l’un des plus fermes et des plus intelligents avocats défenseurs des droits de ses compatriotes. À la première session du 14 juin 1842, sous le gouverneur Lord Sydenham, conformément à la loi, on érigea vingt-deux districts judiciaires; cinq juges furent nommés dans le Bas-Canada: Augustin-Norbert Morin, Guy, Mondelot, Power, McKay.
Sous-sir Charles Bagot, successeur de Sydenham, La Fontaine et Baldwin prêtaient serment comme procureur généraux et chefs de la nouvelle coalition. Le 10 octobre 1842, A.-N. Morin fut nommé commissaire des terres de la Couronne. Étienne Parent fut nommé greffier au conseil exécutif et abandonna son comté, le Saguenay, à A.-N. Morin.
MARIAGE D’AUGUSTIN-NORBERT MORIN
À l’âge de 40 ans, soit en 1843, A.-N. Morin épousa Adèle Raymond, de Saint-Hyacinthe, femme remarquable par son éducation, son intelligence et sa affabilité. M. et Mme Morin n’eurent pas d’enfants.
Monsieur Augustin-Norbert Morin a été un époux parfait, plein d’estime et d’affection pour sa femme envers qui il a toujours eu les plus bienveillants égards. (Béchard) Voici un poème que A.-N. Morin dédia à sa femme:
Moi, t’oublier, est-il en ma puissance?
Effort cruel qu’on exige de moi;
Si tu le veux, le repos, l'espérance,
Je perdrai tout, mais je garde ma foi.
Je t’oublierai, quand la biche timide
Viendra s’offrir au chien qui la poursuit;
Je t’oublierai quand on verra le torrent rapide
Remontera vers la source qu’il fuit.
Je t’oublierai, quand on verra l’abeille
Fuir le travail et goûter le plaisir;
Je t’oublierai quand la rose vermeille
Refusera les baisers du zéphyr.
Oh! laisse-moi le plaisir de mes larmes;
Est-il un bien qui vaille mes douleurs?
J’aime ma peine; elle a pour moi des charmes
Puisque c’est toi qui fais couler les pleurs.
LE MINISTÈRE BALDWIN-LA FONTAINE
Ce ministère dont faisait partie A.-N. Morin a été remarquable par le nombre et l’importance des mesures adoptées. C’est à l’élection de 1844 que se dessinèrent deux grands partis: les LIBÉRAUX et les CONSERVATEURS. La Fontaine et Baldwin remportèrent une brillante victoire libérale et A.-N. Morin fut élu par acclamation dans deux comtés Saguenay et Bellechasse.
À l’élection de 1847, A.-N. Morin fut de nouveau élu dans Bellechasse. Le troisième parlement fut convoqué le 25 février 1848 et A.-N. Morin fut nommé orateur de la chambre. Augustin-Norbert Morin, écrit Turcotte, avait toutes les qualités requises d’un bon président: expérience, connaissance du droit constitutionnel, parfait bilingue. La session ouverte le 18 janvier fut mémorable. Lord Elgin, gouverneur, rétablit l’usage de la langue française dans le parlement; accorda une amnistie générale aux Canadiens impliqués dans les troubles politiques et, pour la première fois, le discours du trône fut prononcé en français par lord Elgin lui-même. Ces mesures étaient le résultat de la constante combativité politique éclairée de la Fontaine, Morin, Caron, Baldwin, etc.
En 1851, A.-N. Morin fut élu député de Terrebonne, mais à l’élection suivante, en 1854, il fut défait dans ce comté par M. Prévost. Ce qui fit dire à Béchard: Augustin-Norbert Morin a perdu le comté de Terrebonne qui lui devait trop pour ne pas se montrer ingrat. Au cours de sa campagne, M. Prévost disait : Vous savez que je suis un enfant du comté; c’est au milieu de vous que j’ai acquis ce que je possède. Augustin-Norbert Morin rétorquait: C’est vrai, je ne suis pas un enfant du comté, mais c’est au milieu de vous que j’ai dépensé ce que j’ai gagné ailleurs.
AUGUSTIN-NORBERT MORIN NOMMÉ JUGE
La santé d’Augustin-Norbert Morin commençait à décliner bien qu’il n’eût que 51 ans. Le 19 décembre 1854, lord Elgin quittait le Canada et passait ses pouvoirs à sir Edmund Walker. Peu de temps après, A.-N. Morin se retirait du ministère où il représentait le comté de Chicoutimi, sa santé ne lui permettant plus de continuer dans l’arène politique. Le 27 janvier 1855, il était nommé juge de la cours supérieure.
MORT D’AUGUSTIN-NORBERT MORIN
Le 27 juillet 1865, mourrait à Sainte-Adèle, comté de Terrebonne, A.-N. Morin, un grand Canadien, L'œuvre était couronnée. L’illustre juge était en visite à Sainte-Adèle, dans la famille du notaire Lachaîne, lorsque le glas funèbre jeta dans les cœurs la nouvelle de la mort d’Augustin-Norbert Morin. (L.-O. David)
La dépouille mortelle fut transportée de Sainte-Adèle à Montréal où, dans la cathédrale, on chanta un libera. Le corps fut ensuite transporté par chemin de fer jusqu’à Sainte-Hyacinthe, et déposé dans une crypte en l’église Notre-Dame-du-Rosaire, où, sur une plaque de marbre on peut lire:
CI - GÎT
L’HONORABLE AUGUSTIN-NORBERT MORIN
né le 13 octobre 1803
décédé le 27 juillet 1865
Par ses talents et son érudition
Son patriotisme désintéressé,
Les nobles qualités de son coeur,
Ses services éminents
Comme homme d’État
Et codificateur de lois,
L’honneur de son pays;
Par sa foi et sa piété,
Un chrétien édifiant
Le modèle de la société
PRÈS DE LUI
Celle qui fut son épouse en tout digne de lui,
née le 21 septembre 1818, décédée le 29 janvier 1889.
ATTEND EN PAIX LA RÉSURRECTION ÉTERNELLE
PRIEZ POUR NOUS
E P I L O G U E
0n dit que le bonheur n'est plus quand la mort a frappé sur des coeurs qui n'en faisaient plus qu'un, et les a séparés; mais, c'est une erreur: le bonheur que Dieu a fait et que l'on a voulu comme il l'a voulu, est ajourné; il n'est pas détruit; la mort ne sépare et ne désunit point. La douleur, c'est l'amour et cet amour-là est le bonheur.
Ces lignes sont celles que le grand écrivain français, Louis Veuillot, écrivit à l'occasion de la mort d'Augustin-Norbert Morin.
Augustin-Norbert Morin (Ste-Agathe-des-Monts)
La Société d'histoire des Pays-d'en-Haut et ses membres remercient M. Augustin-Norbert Morin, de Sainte-Agathe-des-Monts, qui nous a permis de mieux connaître le grand homme, le fervent patriote, l'homme d'Etat remarquable que fut le juge Augustin-Norbert Morin.
Cyprien Lacasse
LM-015-21




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