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La librairie St-Sauveur Ltée: Histoire d’une institution locale

Depuis des temps immémoriaux, il existe dans chaque village du Québec, … du moins c’était le cas jusqu’aux années 1960, … une institution bien typique qui est le magasin général. Avec l’église, l’étude du notaire et le cabinet du médecin, le magasin général était encore naguère le quatrième pilier social de toute société villageoise. Suite à l’avènement des centres commerciaux et des chaînes d’épicerie, le magasin général, avec son poêle à bois, ses joueurs de dames et ses fumeurs de pipe, immortalisé par les Massicotte, Henri Julien, Claude-Henri Grignon et autres peintres et écrivains québécois, a virtuellement disparu de nos villages.


Pourtant, il existe encore certains établissements qui rappellent cette institution d’autrefois. Ainsi, à Saint-Sauveur-des-Monts, se dresse une maison de style alpin qui tient lieu en quelque sorte du magasin général de jadis. Il s’agit de la Librairie St-Sauveur Ltée. En effet, si l’on n’y trouve plus de poêle à bois, ni les joueurs de dames, on y rencontre encore quelques fumeurs de pipe, et on y discute encore de politique, d’économie, et… des potins du village! C’est devenu en quelque sorte le carrefour social de cette municipalité.


Aussi, nous a-t-il paru intéressant de faire un bref historique de cet établissement. Ce sera du même coup se livrer à une étude des plus intéressantes du phénomène de l’inflation. (1)


1 Cet article se fonde sur les actes notariés et autres documents que les propriétaires actuels de la Librairie, M. et Mme Richard Jobson, ont bien voulu nous prêter.


Le terrain sur lequel se dresse aujourd’hui la Librairie St-Sauveur Ltée fut vendu le 4 septembre 1894 par Joseph Trudelle, commerçant de Saint-Jérôme, à Félix Dufour fils, commerçant de Saint-Sauveur. Trudelle l’avait acquis de la Corporation du comté de Terrebonne le 29 août 1894. Il s’agissait… d’un emplacement connu sous le numéro 362… sans bâtisse. La vente de ce terrain était fixé à 200$ et l’on prévoyait qu’une fois bâti une assurance de 200$ devait être prise sur la maison. On ignore le style de cette première maison, qui fut transformée éventuellement en chalet suisse.


On ne sait pas non plus si Félix Dufour fils loua d’abord sa maison, tout en exploitant son commerce, mais il appert que celle-ci fut occupée pour la première fois par le grand-père d’Aimé Forget, de Piedmont. (2)


Le 22 juillet 1911, la veuve de Pacifique Rhéaume, née Praxède Aubry, vendait à son fils Timothée Rhéaume, née Octavie Archambault, remariée à Alphonse Cyr, bourgeois de Saint-Jérôme et maintenant absent en ces lieux inconnus, obtenait une séparation légale de son second mari. Il semble, en effet, que celui-ci avait quitté le foyer conjugal pour aller s’établir en Alberta. Quatre ans plus tard, soit le 16 octobre 1917, Octavie Archambault vendait sa maison à Thomas Dufour, bourgeois de Montréal, pour la somme de 900$.


Le 9 décembre 1920, Thomas Dufour vendait la propriété à Adélard Forget, bourgeois de Saint-Sauveur pour la somme de 1,750.$. Le nouveau propriétaire prenait possession des lieux le 1er avril 1921.


Le 20 novembre 1923, la veuve d’Adélard Forget, née Aurélie David, prévoyait dans son testament de laisser à sa fille Azilda, devenue Soeur Marie- Appolinaire, la somme de 1,000.$; à sa fille Léa, devenue Soeur Marie-Cécilien, 2. Lettre du secrétaire-trésorier Roger Brunette, de Saint-Sauveur-des-Monts, le 23 mars 1981.

la somme de 2,000 $; enfin à son fils, le droit d’acheter la maison pour 1,500 $ y compris les tapis et les prélards. Effectivement, le 1er mai 1929, Gustave Forget, cultivateur, faisait l’acquisition de la maison, à condition que sa mère s’en réserve la jouissance tant qu’elle voudra habiter la dite maison, pour la somme de 500. $


Le 17 août 1933, Gustave Forget léguait tous ses biens par testament à sa femme Azilda Forget. Plus de dix ans s’écoulèrent avant qu’Azilda Forget ne vendit le 4 décembre 1944, à Herminie Lafleur, veuve non remariée de Félix Boisseau, la propriété… avec le poêle de cuisine, son tuyau et le prélart d’escalier pour la somme de 4,500. $


Un an plus tard, le 25 mai 1945, Herminie Lafleur vendait le tout à Télesphore Gauvreau, bourgeois résidant à Saint-Sauveur-des-Monts pour la somme de 4,500$.


Le 21 février 1953, Télesphore Gauvreau vendait la propriété à Godfrey Turcot pour 10,000$, avec hypothèque à 5%. Cette fois, le lot initial 362 était agrandi d’une lisière de terrain de 49 pieds suivant une ligne nord-ouest adjacente à l’emplacement et de 49 pieds suivant une ligne sud-est adjacente à une partie du lot 356 appartenant à Donat Léonard.


Huit ans plus tard, soit le 28 novembre 1961, devant Me Raoul Lupien de Saint-Sauveur-des-Monts, Godfroy vendait à Maurice Prud’homme ce lot no 362 portant maintenant le numéro civique 228 de la rue Principale, pour la somme de 39,000$. On précisait que le magasin comprenait: 1) deux comptoirs-montres, deux comptoirs à servir, un grand meuble à une vingtaine de tiroirs; 2) des stores vénitiens dans toutes les fenêtres, sauf dans la cuisine; 3) deux portes accordéons à l’entrée du magasin; 4) sept réflecteurs à la devanture du magasin; 5) fixtures dans toutes les pièces; système de chauffage, deux zones, deux pompes. Il était mentionné, en outre, qu’en échange Maurice Prud’homme donnait un emplacement dans l'Île Perrault, à Saint-Jérôme. d’une valeur de 20,000$. M. Prud’homme devait verser 10,000$ comptant et quatre versements annuels à 6% d’intérêt. Le 19 décembre 1968, M. Prud’homme recevait quittance des sommes dues à Godfrey Turcot.


On aura noté que c’est la première fois que les documents disponibles mentionnent vaguement la nature du commerce situé sur cet emplacement. Il semble bien qu’avant même l’arrivée de M. Prud’homme il s’agissait vraiment d’un magasin général, puisqu' il s’y vendait du linge, des bijoux, du tabac, des chaussures, des bonbons à la livre, etc. M. et Mme Prud’homme, née Claire Legault, exploitèrent ce commerce avec succès pendant dix-sept ans.


Le 6 novembre 1978, M. et Mme Richard Jobson, propriétaires actuels de la Librairie St-Sauveur Ltée, prenait possession du magasin, et obtenaient une option d’achat sur la bâtisse dont ils prenaient ensuite possession le 1er novembre 1980. À ce moment-là, s’ils n’avaient pas acheté la bâtisse, il leur aurait fallu payer à M. et Mme Prud’homme un loyer de 16,896$ !


De 24$ par année en 1904 jusqu’à 16,896 $ en 1980, on peut voir ce que l’inflation a pu faire d’un loyer, en moins d’un siècle. Un bond de 704 %. Que serait-ce en 1882? On aime mieux ne pas y penser.


Du reste, il semble bien que les propriétaires actuels de la Librairie St-Sauveur Ltée n’ont guère l'intention ni de louer ni de vendre leur commerce à qui que ce soit, pour aucun prix. Ce magasin-général nouveau style est, en effet, très prospère et leurs propriétaires sont encore jeunes; alors pourquoi vendre?


Nous avons dit au début que la Librairie St-Sauveur Ltée était devenue en quelque sorte le carrefour social de cette municipalité. En effet, on y rencontre presque quotidiennement M. le curé Adam, le Dr Antonio Désy et le notaire Raoul Lupien, trois des quatre piliers traditionnels de tout village québécois. Mais on y rencontre aussi de nombreux artistes et commentateurs de télévision, tels Robert Charlebois, Suzanne Lapointe, Richard Garneau, etc. Des députés et ministres comme Maurice Dupras et Pierre-Marc Johnson. Enfin les membres de la Société d’histoire des Pays-d’en-Haut, qui viennent bouquiner, musarder et discuter. La Librairie St-Sauveur Ltée est devenue, en fait, beaucoup plus une librairie proprement dite qu’un magasin général au sens où on l’entendait autrefois. Cette nouvelle atmosphère se prête mieux aux discussions intellectuelles, politiques et économiques qu’aux tournois de dames!


S’il fallait que quelque nouveau progrès fasse disparaître cet établissement, il manquerait quelque chose d'irremplaçable dans le village de Saint-Sauveur-d’en-Haut.

Jacques Gouin


LM-015-43

 
 
 

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